• Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Jean-Claude WALTER

Dans l’œil du dragon

Proses

Collection Les Cahiers d'Arfuyen
n° 224, 128 pages, ISBN 978-2-845-90217-6

13 €

« Ce poète a une grâce innée, d’élégance naturelle, quelque chose de séduisant et pur »  : ce poète, c’est Jean-Claude Walter, et c’est Robert Sabatier qui en fit ce portrait dans sa fameuse Histoire de la poésie française. Après Chemins de ronde (2004) et Carnets du jour et de la nuit (2010), Dans l’œil du dragon est le troisième livre de Jean-Claude Walter aux Éditions Arfuyen.

Jean-Claude Walter est l’auteur d’une œuvre de haute exigence et d’une remarquable diversité, qui va du roman (L’évêque musclé, chez Flammarion, 1968) à l’essai (Léon-Paul Fargue ou l’homme en proie à la ville, chez Gallimard, 1973), de la poésie (Le Sismographe appliqué, chez Flammarion, 1966) à l’autobiographie (Les étincelles noires, 2002). Des Poèmes des bords du Rhin (1972) jusqu’aux Dialogues d’Ombre (1996), il a publié chez Rougerie sept recueils de poèmes.

Comme les Chemins de ronde et les Carnets du jour et de la nuit, ce nouveau volume, Dans l’œil du dragon, n’est ni un recueil de poèmes en prose, ni un journal de bord, mais un ensemble de textes singuliers, qui passent sans cesse de l’observation à la rêverie, de l’humour et l’ironie à la méditation la plus mélancolique sur notre destin d’hommes.

Dès le premier texte du livre est ouverte l’interrogation sur cet étrange exercice, fervent, violent et vain, que constitue l’écriture : « Pourquoi ce ferraillement d’armes blanches dans le secret de l’âme ? Nous cherchons l’affrontement, le face à face avec nous-même. L’empoignade. La mise à nu. L’assaut contre le Temps. […] De coléoptères nous voici promus guerriers, spadassins lancés à l’assaut de cet ennemi qu’est le Néant. À qui la victoire ? Rien n’est moins sûr. C’est pourquoi nous nous armons de notre stylet, en quête de mots. La mêlée, la fureur, la soif de vaincre – et recommencer. Encore. Jusqu’au silence. »

L’espérance est un tourment : chaque nouveau texte la fait rebondir comme s’il y avait au bout de la ligne, au bout du paragraphe, la possibilité d’une révélation, la chance d’une délivrance. Qui serait tout à la fois un point final, et le vrai commencement. D’autre chose, que l’écriture postule et cependant ne saurait saisir. « Pieds nus dans mon bureau, je prends mes marques. Rentre en moi tel un bernard-l’ermite. M’apostrophe. Me tiraille. Jugule quelques lâchetés… Filtre ma lymphe. Me fige ou me morigène. M’ensorcèle. […] M’injurie. Me flagelle. Me saigne comme un goret. Me vide de toute substance… Mais d’où m’arrive ce signal ? Est-ce déjà le Commandeur ? La Dame à la faux ? Ou bien l’Inquisiteur – la poix et le garrot ? »

Que reste-t-il d’une vie d’écrivain ? Des pages d’écriture, mais bien davantage des moments de pure conscience, d’incompréhensible exaltation. Le dernier texte du livre établit une ébauche de bilan : « Ce que tu retiens de cette terre – lignes de fuite, chausse-trapes, énigmes en tous genres – c’est à la fois sa quiétude et son étrangeté. […] Quel est-il cet envers des formes et des couleurs, ce halo de l’invisible, et la prégnance d’un silence partout contenu ? À toi de le faire parler, disais-tu aux mésanges et aux halliers, sans l’espoir de la plus petite syllabe en guise de réponse. Tu ignorais certes ce qui te forçait à aligner les premières lignes en cet élan primordial : qu’il te fallait extraire tes mots de la carrière de granit où les hommes du village travaillaient la pierre comme une manne des dieux. Et qu’à leur exemple tu porterais désormais le nom de Sisyphe – incrusté dans ton âme – et jusqu’à sa fin. »