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Tony HARRISON

Cracheur de feu

PRIX EUROPÉEN DE LITTÉRATURE 2010
Traduit de l’anglais et présenté
par Cécile Marshall
Bilingue anglais-français

Collection Neige
n°24, ISBN 9782845901599

18 €

Il y a urgence à faire découvrir au lecteur français la voix de Tony Harrison, raffinée, intempestive, provocatrice, à la manière d’un Pasolini d’outre-Manche. Tel est le but du présent ouvrage, réalisé en collaboration avec la meilleure spécialiste française de Tony Harrison, Cécile Marshall, et avec la participation de l’auteur lui-même.

Après Antonio Gamoneda (Espagne, 2005), Bo Carpelan (Finlande, 2006), Tadeusz Rozewicz (Pologne, 2007) et Tankred Dorst (Allemagne, 2008) et Kiki Dimoula (Grèce, 2009), c’est cette grande figure de la littérature anglaise qui a reçu le Prix Européen de Littérature 2010.

Poète prolétarien et helléniste distingué, pourfendeur du thatcherisme puis du blairisme et républicain déclaré, comment situer Tony Harrison ? Écoutons Michel Rémy le présenter dans l’Anthologie bilingue de la poésie anglaise parue dans la bibliothèque de la Pléiade : « Dès sa vingtième année, Tony Harrison présente la situation paradoxale d’être issu d’une famille de mineurs de Leeds et d’avoir été, grâce à une bourse, étudiant en Lettres classiques à l’université de sa ville natale. Or, en gardant vivant ce sentiment d’aliénation mentale vis-à-vis de sa classe d’origine, représentée par l’obsédante figure paternelle, Tony Harrison réussit à maintenir intact le violent ressentiment qu’il nourrit à l’égard de la classe dominante […] Son écriture est en perpétuelle fracture, devenant en elle-même une critique de la dépossession du langage des ouvriers, lutte sourde qui écartèle le texte, entre la grammaire lâche du parler populaire et l’ordre harmonieux de la prosodie bourgeoise […] Harrison veut redonner à la langue d’une mère absente et d’un père avec lequel toute communication était impossible une gravité nouvelle qui suspende les dualités qui la déchirent. »

À la mort de Ted Hughes en 1998, le poste de Poet Laureate avait été proposé à Tony Harrison à Leeds en 1937), qui le refusa avec éclat. Est-ce cette gloire un peu kitsch qui a manqué à Harrison pour être célébré en France comme l’un des grands écrivains de l’Angleterre d’aujourd’hui ? Est-ce sa personnalité hors norme, son engagement à l’extrême-gauche, son talent multiforme (poète, dramaturge, cinéaste, traducteur, grand reporter…), qui ont dissuadé les éditeurs de le traduire et de le publier en France ?

Car aujourd’hui encore, hormis la magnifique traduction par Jacques Darras (Le Cri-In’hui, 2008) du grand poème v. – long dialogue avec un tagger skinhead dans un cimetière, plusieurs fois mis en scène à la Maison de la Poésie de Paris –, il n’existe aucun ouvrage consacré à la présentation de l’œuvre de Tony Harrison en français. Or cette œuvre apparaît pourtant comme l’une des plus originales, des plus fortes, des plus décapantes de l’Europe d’aujourd’hui.

Cracheur de feu présente en édition intégralement bilingue un choix de textes particulièrement représentatifs de Tony Harrison (des Sonnets en langue populaire de Leeds aux poèmes sur la Guerre d’Irak et au film-poème Le Regard de la Gorgone (sur le suicide de l’Europe depuis le Kaiser Guillaume II jusqu’à la dictature de l’Euro). Le volume comporte une préface de la traductrice et un ensemble d’informations qui en font une édition de référence pour la découverte de cet auteur majeur. Signalons que, à l’occasion de la remise du Prix, paraîtra également aux Éditions Petropolis un recueil des poèmes « républicains », Former United Kingdom.