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Max de CARVALHO

(1961)

Max de Carvalho Wyzuj est né en 1961 à Rio de Janeiro. Il quitte le Brésil en 1964 pour le Luxembourg. Enfant, il voyage à travers l’Europe et le Brésil au gré des tournées de récitals de ses parents. En 1970 ceux-ci s’établissent en France.

En 1985, il crée avec quelques amis la revue La Treizième. Les illuminations orphiques et autres « Memorabilia » de Nerval, Dino Campana, Rimbaud, Trakl, Fargue, Milosz, forment avec Nerval le Nyctalope de René Daumal et Caves en plein ciel de Roger Gilbert-Lecomte le « canon » poétique dont se réclamera le cercle informel. Une nouvelle série paraît en 1989, sous la seule responsabilité cette fois de Max de Carvalho.

En 1992 il quitte Paris. Après un séjour en Bourgogne et plusieurs années passées dans les Cévennes, il vit aujourd’hui avec son épouse et leurs deux enfants dans la Montagne noire. Les textes qui composent l’Enquête sur les domaines mouvants ont été écrits dans ces solitudes.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Enquête sur les domaines mouvants

Les Degrés de l’incompréhension

REVUE DE PRESSE

Le chant du coucou
Le Magazine Littéraire (10/01/2007), par Jean-Yves Masson

 Max de Carvalho-Wyzuj est né àRio au début des années 1960, d’une mère brésilienne et d’un père polonais. Ses parents, chanteurs d’opéra, l’ont promené un peu partout dans le monde avant de se fixer à Chatou, où il a achevé de grandir. Avant qu’il ne décide d’aller vivre avec sa femme et ses enfants dans la Montagne Noire, on le croisait souvent à Paris au milieu des années 1980, partout où il était question de poésie ; il éditait alors avec des amis une revue au titre nervalien, La Treizième, dont il a ensuite poursuivi seul la publication, à un rythme variable qui vaut à la deuxième série d’atteindre aujourd’hui son n° 9 (on suppose qu’il s’est au moins promis d’aller jusqu’au n° 13). Chaque numéro est conçu musicalement : les solistes ici s’appellent Jean Bastaire, Pierre Oster, Bernard Noël, l’étonnante Ilissa Sequin (Iliad) que traduisit André Du Bouchet, mais aussi des poètes hongrois, italiens, brésiliens... Les voix se répondent, se fondent – et les gloses du « chef de chœur » en fin de volume sont passionnantes.
 Il y a dix ans, Max de Carvalho publia (enfin !) son premier recueil chez Obsidiane, Adresse de la multiplication des noms (toujours disponible), qui fut très remarqué. Ce devrait être encore le cas des deux livres qui paraissent simultanément. (...)
 Max de Carvalho est un poète chrétien, à la spiritualité franciscaine résolument tournée vers la nature. Mais il ne nous jette pas sa foi au visage :s’"il y a trois personnes dans le chant du coucou", rien n’oblige (mais rien n’interdit non plus) d’y reconnaître la Trinité. Cette poésie nourrie des Pères de l’Église n’oublie pas de sourire. Sa tendre mélancolie fait plus d’une fois songer à Apollinaire. Disons-le : elle est merveilleusement humaine.

Enquête sur les domaines mouvants
Cahier Critique de Poésie (CCP) (03/01/2008), par Monique Pétillon

 Sous le signe de Nerval, de Trakl et de Milosz, Max de Carvalho a fondé en 1985 une revue, La Treizième, dont chaque livraison a été conçue comme un « livre-partition ». Né en 1961, à Rio de Janeiro, d’une mère brésilienne et d’un père polonais, tous deux artistes lyriques, ce poète nourri de plusieurs langues – comme Lorand Gaspar ou Silvia Baron Supervielle – apporte à la poésie française un souffle inédit. Traducteur des Poèmes d’août de la Brésilienne Maria Angela Alvim, Max de Carvalho a publié en 1997 un premier recueil, Adresse de la multiplication des noms (Obsidiane).
 Deux recueils viennent de paraître simultanément. Composé de poèmes courts, Enquête sur les domaines mouvants est une invitation à un voyage intérieur, souvent nocturne et mystérieux, empreint d’onirisme et de spiritualité. Le titre du second, Ode comme du fond d’une autre réalité, est inspiré par un vers d’ Alvaro de Campos – un des hétéronymes de Pessoa. Habité par un ample lyrisme, ce mince recueil se déploie dans l’espace et le temps, le visible et l’invisible. Le poème « Fado » convoque le « fantôme » de Mario de Sa-Carneiro, poète portugais qui se donna la mort en 1916, dans une chambre d’hôtel parisien.

Enquête sur les domaines mouvants
Zazieweb (19/06/2007), par Sahkti

 Max de Carvalho est né en 1961 à Rio de Janeiro, d’un père polonais et d’une mère bréslienne, tous deux artistes lyriques. Il quitte le Brésil en 1964 pour le Luxembourg et une série de voyages en Europe. En 1970, la famille s’établit en France. En 1985, Max de Carvalho fonde la revue La Treizième. Il vit aujourd’hui dans une région isolée de montagne, dans les Cévennes, où il trouve son inspiration. C’est là que les textes de ce présent recueil ont été rédigés.
 Un recueil qui glisse, qui se faufile et nous échappe, avant de revenir narguer le lecteur puis s’échapper un nouveau. Pas pour rien que tout se situe dans le domaine mouvant. A travers des fragments poétiques, des instantanés, des mots figés sur papier, Max de Carvalho construit une architecture de l’éphémère tout-puissant. La proximité des mots avec le quotidien, le nôtre, permet une identification certaine, installe une confiance avant de s’embarquer pour une promenade vers des terres plus vastes, intemporelles et infinies.
 À la fin du voyage, c’est comme si le lecteur avait respiré une grande bouffée d’air frais, il y a un charme dans ces poèmes qui font énormément de bien et qui taquinent l’imagination, pour inventer un ailleurs aux limites sans cesse repoussables. Un voyage enrichissant !

Enquête sur les domaines mouvants
Le Matricule des Anges (07/01/2008), par Richard Blin

 Ils viennent de loin, les poèmes de Max de Carvalho, né à Rio de Janeiro, en 1961, d’une mère brésilienne et d’un père polonais, tous deux artistes lyriques, qui s’établiront en France en 1970. Créateur de La Treizième, une revue dont chaque numéro était conçu comme un livre-partition, il vit aujourd’hui dans les solitudes de la Montagne noire où ont été écrits les poèmes qui composent l’Enquête sur les domaines mouvants. Ceux d’un homme dont l’esprit de pauvreté et le souci de l’absolu sont la façon d’aller à la rencontre de ce que nous dit le monde à travers les moissons du vent, « l’horlogerie des primevères » ou le « rire chaud des / fleurs à midi ». Toute une alchimie végétale, un éros spirituel dont la beauté des signes trouve en lui écho.
 Un univers où la neige habille le froid, où « il y a trois personnes dans le cri du coucou », où le sang des lèvres est roseraie, où la réalité vivante du monde n’est que vibrations. Domaines mouvant s sur lesquels Max de Carvalho veille. Une attentive ferveur qui le mène souvent à entrer en relation fraternelle avec eux. Une façon d’aller à l’unisson, de se placer au bord de comprendre, d’entrer dans cette « cinquième saison » où la mer peut respirer en lui autant qu’il respire en elle, où le passé s’appréhende « en sa nouveauté à jamais », avec ses « plaines osmotiques, / l’os en phosphores des pluies / d’astres sans nuit, / l’œil dévorant / en lui-même rassasié / vers l’intérieur sans cœur, / et les spermes en gelée, / la levée en masse, / le grand bain aux piscines d’azur ; / l’arche versicolore des prismes, / les météores vaporisés des spires... »
 Poèmes où concertent la voix du plus intime et celles de l’immémorial. Poèmes nés du désir de rendre visibles des forces qui ne le sont pas, poèmes où tremble le mystère de cette vérité à laquelle nous sommes devenus trop aveugles et trop sourds.

Portrait d’auteur : Max de Carvalho (1)
Tire-lignes (03/01/2010), par Patrick Kéchichian

On est parfois tenté de penser, sans trop oser le dire, que les poètes en savent plus sur le monde et la vie, que le commun des mortels. Sinon les poètes, du moins quelques poètes, triés sur le volet, bénis de Dieu. Pour ne pas tomber dans la démagogie ou les généralités, je ne parlerai que d’un seul qui se trouve être aussi – pourquoi le cacherais-je ? – un ami très cher. Mais seul, justement, Max de Carvalho, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ne l’est pas vraiment. Une invisible communauté l’entoure, une généalogie le précède.

Juan Ramón Jiménez disait que l’état de grâce poétique se réalise lorsque le poète devient lui-même poésie. De fait, c’est moins d’un savoir qu’il convient de parler ici que de cette grâce même. Je ne sais si la transsubstantiation dont parle le poète espagnol a déjà eu lieu en Max de Carvalho. Et sans doute l’ignore-t-il lui-même ? Ou le sachant, préfère-t-il le taire pour ne pas troubler ses amis ? Il faut dire aussi qu’il est modeste et discret, presque maladivement... Mais je sais qu’à travers lui, la poésie – cette abstraction brûlante, cette voix d’une inaltérable jeunesse – prend figure ou silhouette. Je constate, non en un éclair qui pourrait faire illusion mais à la lumière d’une durable fréquentation, qu’il dispense, à travers ce qu’il est et ce qu’il écrit, des étincelles de cette grâce.

Mais tentons d’approcher d’un peu plus près l’homme à la longue silhouette brune, indienne disent quelques proches... Au moins deux langues et autant de continents com-posent la communauté dont je parlais. Pour les langues, le portugais d’abord, de norme et d’accent brésiliens, puis le français. Étant entendu que ces langues ne s’excluent pas l’une l’autre, mais s’enrichissent, se répondent, notamment dans le travail de la traduction qui est comme l’écho d’une langue dans une autre langue.
 Pour les contrées, le Brésil (et aussi le Portugal), puis la France, parcourus plus qu’explorés ou conquis – rien de commun entre notre homme et Rastignac. La France, ce n’est pas seulement Paris, mais un itinéraire vagabond, qui mène Max de Carvalho de la capitale à la Bourgogne, puis aux Cévennes, au pied de la Montagne noire enfin où il vit aujourd’hui, avec son épouse et leurs deux enfants. Sans parler du Luxembourg, pays guère plus vaste qu’un jardin, auquel il demeure attaché par des liens familiaux. Les mêmes liens se prolongeant, du côté paternel, jusqu’à la Pologne.

Quelques mots à présent de l’existence vérifiable de Max de Carvalho et des épisodes attestés de sa vie... Si l’on en croit les notices qu’il laisse circuler, il est né un jour de 1961 au Brésil, à Rio de Janeiro, sous le regard de pierre du Christ Rédempteur qui veille sur la cité, perché sur le pic de Corcovado. Il n’a que trois ans, mais déjà l’œil vif (du moins, je me plais à le supposer), lorsqu’il quitte son pays natal pour le grand-duché de Luxembourg. Ses deux parents menant une carrière de chanteurs lyriques, il est conduit à voyager en leur compagnie jusqu’en 1970, année de l’installation de la famille non loin de Paris, à Chatou, sur les bords de la Seine.
 
Vingt-deux ans plus tard, il quitte Paris, en toute connaissance de cause cette fois. Récemment, il a passé une année à Lisbonne, où l’on parle (autrement) une langue qu’il connaît bien et où un autre Christ – non, le même – étend ses bras au-dessus du Tage d’où il embrasse la cité. Max de Carvalho est ainsi né plusieurs fois, a contemplé, parfois confondu ou superposé, plusieurs paysages. Cela lui donne une certaine légèreté, la capacité précieuse de se déplacer d’un univers à l’autre, de suivre, à son rythme, de mouvantes lignes d’horizon.
 
Et je mets en rapport cette mobilité, ce métissage pour user d’un mot galvaudé, avec les trois activités visibles qui sont les siennes dans le domaine de l’esprit, c’est-à-dire, pour lui, de la littérature : la traduction, la poésie et la confection d’une revue. Écrivant cela, je ne fais que séparer arbitrairement – par commodité – ce qui, dans le fond, est un. (à suivre 2ème partie)

Portrait d’auteur : Max de Carvalho (2)
Tire-lignes (03/01/2010), par Patrick Kéchichian

 Commençons par la troisième branche de cette unique vocation. La Treizième, revue de littérature, vit le jour à Paris en 1985. Max de Carvalho, peut-être aidé de quelques amis ou fantômes, en était l’ordonnateur et le chef d’orchestre – même s’il ne sortait guère de la fosse pour saluer... Les visées de la publication étaient massivement métaphysiques, donc poétiques, ne laissant aucune place aux préoccupations vulgaires : finances, régularité, etc. Le temps se distendait ; on s’en affranchissait, comme des questions matérielles. Mais au fond, qu’importé : la régularité est une précaution mesquine ! Ce qu’il fallait honorer, c’était le nom des ancêtres... Nerval (« La Treizième revient... C’est encore la première », « Artémis », dans Les Chimères), les hommes brûlés du Grand Jeu, René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte (auquel un mémorable numéro fut consacré en 1987), Dino Campana, Milosz... d’autres encore. Au cours de l’été 2008 parut, surgit plutôt, contre toute attente, le dixième numéro de La Treizième. « Je suis l’envers du monde », tel était son titre, ou son thème. Le cahier suivant, s’il voit le jour, sera publié à son heure – celle où on l’attendra le moins.
 La communauté spirituelle et secrète au sein de laquelle Max de Carvalho travaille, rêve, écrit, est diverse, nombreuse, comme le démontrent les sommaires de La Treizième. Mais attention, l’accès à ce groupe informel est soumis à de très rigoureuses conditions – qu’il ne nous appartient pas ici de dévoiler... On y parle indifféremment (?) le portugais et le français. Du côté lusophone, notre ami travaille justement, tandis que j’écris ces lignes, à une vaste anthologie de la poésie brésilienne. Y sera fatalement présente Maria Ângela Alvim, poète brésilienne qui naquit en 1926, vécut entre l’État du Minas Gérais et Rio et se suicida en 1959.
 Avec son épouse Magali Montagne (sa complice pour le travail de traduction), Max de Carvalho proposa naguère un choix des écrits poétiques d’Alvim (Poèmes d’août, éd. Arfuyen, 1999). À l’auteur de ces très beaux et fervents poèmes écrits au bord de la nuit, Carlos Drummond de Andrade adressa ces mots posthumes : « Tu habitais l’absence, pays des miroirs qui ne reflètent pas les visages, pas même les plus beaux, comme était le tien. » Alvim, dit encore Drumrnond, appartenait à cette catégorie d’êtres « nés pour chercher et passer, gardiens d’une promesse perpétuelle »...
 L’autre nom que je veux citer est celui du grand et très secret poète portugais Herberto Helder, né à Madère en 1930. Toujours avec sa complice, Max de Carvalho publia la traduction d’une « somme anthologique », sous le titre Le Poème continu (éd. Michel Chandeigne, 2002). Cette anthologie doit paraître en septembre 2010 dans la collection Poésie/Gallimard. « Incertain grandit un poème / dans les désordres de la chair »... Helder, comme le souligne son contemporain Antonio Ramos Rosa, mêle corps du monde, corps de l’homme et corps du langage. La poésie de Helder s’impose par la puissance des images qu’elle orchestre.
Venons-en aux livres écrits par Max de Carvalho, qu’il ne faut donc pas placer à l’opposé de sou activité de traducteur ou d’animateur de revue. C’est toujours d’un acte de parole qu’il s’agit, de la tentative jamais achevée de nommer notre présence au monde, nos absences aussi, nos pertes autant que nos profits. Je ne commenterai pas ici les quatre recueils publiés à ce jour, depuis Walpurgis, en 1986, paru sous la bannière de La Treizième. D’ailleurs, en poésie, la première tâche est d’inviter à aller aux textes eux-mêmes, afin d’y découvrir son bien. Notons seulement l’épigraphe de la mince plaquette, qui est de Roger Gilbert-Lecomte et que l’on doit entendre comme la délimitation d’un territoire : « Ce qui m’intéresse, c’est l’en deçà, le souvenir perdu, l’effort admirable. »
 Onze ans plus tard, Adresse de la multiplication des noms (éd. Obsidiane, 1997) donne la pleine mesure des dons poétiques de Max de Carvalho. La longueur des vers et des poèmes eux-mêmes, « tant de voix » en eux, autorisent une véritable dramaturgie. Larbaud, Fargue et le secret Henry J.-M. Levet ne sont pas loin. D’autres également, longuement digérés, jamais imités. L’évocation du monde, ou des mondes, n’est qu’un passage. Le but, c’est l’invocation... Et la voix du poète ne se gonfle que de cela qu’elle invoque, qui la dépasse, l’emporte au-delà de ses frêles limites.
 Il suffit d’attendre encore dix petites années pour assister, en 2007, à la sortie de deux livres : Enquête sur les domaines mouvants (éd. Arfuyen) et Ode comme du fond d’une autre réalité (éd. L’Arrière-Pays), Expérimentant des mètres variés, l’auteur continue d’habiter ses « domaines mouvants », ceux de l’esprit autant que ceux du visible... Rarement poèmes auront autant rendu justice et témoignage à l’expérience humaine dans toutes ses dimensions, spirituelles et concrètes. Sans jamais en mépriser aucune. Après évocation et invocation, il faut ici avancer un troisième mot : « vocation, cette joie ». Et aussi celui d’une amoureuse présence, jamais martelée mais vécue, éprouvée : celle du Dieu incarné, frère des hommes.
 Avant d’en terminer, je veux citer un autre livre qui m’est particulièrement cher : Cette soif de l’unité des choses (éd. La Treizième, 2004), qui rassemble des entretiens entre Max de Carvalho et son père Bruno Wyzuj, chanteur lyrique et pédagogue, sur la voix et la musique. Ce domaine-là non plus n’est pas séparable des autres...

Enquête sur les domaines mouvants
Nouvelle Revue Française (06/01/2008), par Gérard Bocholier

Beaucoup d’oiseaux et de souffles circulent dans l’univers poétique de Max de Carvalho. Que son chant se limite à des textes brefs, ajourés, dans Enquête sur les domaines mouvantsou prenne de l’ampleur en traçant tout un itinéraire, dans Ode comme du fond d’une autre réalité (L’Arrière-Pays), il fait entendre les accords d’une musique nocturne, soulevant « le poids de l’ombre », exprimant simplement une ivresse un peu hésitante entre les grillons et les étoiles.

« Le guetteur est mon chemin, je l’approche dans les combes, dans la douceur humide des fossés. » Max de Carvalho aime se tenir dans un espace ouvert où « l’essor du soir » vient doucement, jusqu’au coeur du rêve, entrouvrir les portes de l’invisible. Il y goûte sa solitude, que l’on sent recueillie, avide d’absolu, tournée vers le « Seigneur sans lieu », captant les parfums et les brises, particulièrement en éveil devant les manifestations secrètes de la présence.

« Quel vêtement immatériel habille la brise de fraîcheur ? Il y a au bord des étangs silencieux et des bassins profonds cette inconnue aux yeux d’archange, une plume au chapeau. Il y a le cri de l’aube dans la muette (...) Il y a enfin une présence insaisissable et la marée tardive des glycines... » On retrouve la frémissante sensibilité du poète dans sa revue La Treizième, qui a publié en l’été 2007 un volume intitulé Autres cercles. Les noms d’André du Bouchet, d’Yves Bonnefoy, d’Antonio Ramos Rosa y sont aussi inscrits, entre autres. 

Poète rare, d’une profonde exigence spirituelle, Max de Car­valho illustre ainsi parfaitement « la rêverie salutaire, la rêverie vraiment dynamique », dont parlait Gaston Bachelard dans son introduction de L’Air et les Songes.

Le chant du coucou (Enquête sur les domaines mouvants)
Magazine littéarire (10/01/2007), par Jean-Yves Masson

 Max de Carvalho-Wyzuj est né à Rio au début des années 1960, d’une mère brési­lienne et d’un père polonais. Ses parents. chanteurs d’opéra, l’ont pro­mené un peu partout dans le monde avant de se fixer à Chatou où il a achevé de grandir. Avant qu’il ne décide d’aller vivre avec sa femme et ses enfants dans la Montagne Noire, on le croisait souvent à Paris au milieu des années 1980, partout où il était question de poésie ; il éditait alors avec des amis une revue au titre ner-valien, La Treizième, dont il a ensuite poursuivi seul la publication, à un rythme variablequi vaut àladeuxième série d’atteindre aujourd’hui son n° 9 (on suppose qu’il s’est au moins pro­mis d’aller jusqu’au n° 13 !). Chaque numéro est conçu musicalement : les solistes ici s’appellent Jean Bastaire, Pierre Oster, Bernard Noël, l’éton­nante Hissa Sequin (Iliad) que tradui­sit André Du Bouchet, mais aussi des poètes hongrois, italiens, brésiliens... Les voix se répondent, se fondent - et les gloses du « chef de chœur » en fin de volume sont passionnantes.
 Il y a dix ans, Max de Carvalho pu­blia (enfin !) son premier recueil chez Obsidiane, Adresse de la multiplication des noms (toujours disponible), qui fut très remarqué. Ce devrait être en­core le cas des deux livres qui parais­sent simultanément cet automne. Le premier est publié par un remarquable petit éditeur dont tout le catalogue mérite la plus grande attention. L’Arrière-Pays. Sous une couverture d’un mauve intense sont rassemblés onze poèmes d’une superbe ampleur lyrique. Dans l’autre livre chez Arfuyen, plus épais, les poèmes très brefs alter­nent avec des textes plus longs ; le li­minaire est une autre version du poème conclusif de l’autre recueil : autant dire que les deux livres sont comme les voiles, de taille différente, d’un même navire.

 Max de Carvalho est un poète chré­tien, à la spiritualité franciscaine ré­solument tournée vers la nature. Mais il ne nous jette pas sa foi au visage : « il y a trois personnes dans le chant du coucou », rien n’oblige (mais rien n’in­terdit non plus) d’y reconnaître la Tri­nité. Cette poésie nourrie des Pères de l’Église n’oublie pas de sourire. Sa ten­dre mélancolie fait plus d’une fois son­ger à Apollinaire. Disons-le : elle est merveilleusement humaine.

Enquête sur les domaines mouvants
Le Coin de table (10/01/2007), par Maximine

 L’un des premiers attraits de ce livre, c’est qu’il comporte plusieurs recueils en un : clairement divisé en deux sections, elles-mêmes subdivisées, les tons et les formes en sont extrêmement variés.
 L’unité ? Elle est dans la constante jubilation que procure le contraste entre les hauteurs poétiques où nous nous trouvons entraînés (nous enquêtons...) et la sèche volonté de découpage des territoires suggérée dans un sourire par le titre, et surtout par le document placé en exergue (Feuda gabalorum, daté de 1307, minutieuse mise au point en latin pour déterminer les droits de propriété respectifs du roi de France et d’un évêque, un bijou juridique !). La poésie résiste aux découpages trop précis, aime les terrains vagues et la constante la plus profonde ici est la mouvance d’échanges permanents — très rilkéenne--- entre notre être et la présence du monde, les deux étant pour l’auteur animés d’une Présence sensible notamment dans la série intitulée « Mon petit oratoire ». Nombre d’images traduisent le flou vital : nous avons une « essence commune aux oiseaux », « les arbres nous disent mieux à travers leurs feuillages »...
 On n’en finirait pas de citer semblables interactions, quotidiennes ou cosmiques. Le « je » reste vague (rares occurrences), perdu dans une belle ubiquité. Un poème sur l’existence des jardins dans le inonde intérieur l’exprime subtilement : « Nous pourrons faire le tour par le jardin, / d’y être entré deux fois je n’entre plus, / j’ai laissé croître le nombre des jardins... » L’auteur a le don des correspondances par lesquelles tout se mêle et se répond : « Les grillons prêtent / leur voix aux plus / lointaines étoiles. » Le lecteur peut y faire sa moisson de formulations somptueuses. Les innovations typographiques ont ici une sorte de nécessité : les poèmes en deux temps nettement séparés ou très différemment disposés font comme une illustration du fait que l’écriture même est sujette au vent, qui défie les frontières.
 Enfin, on trouvera au fil des pages quelques-uns de ces beaux « renversement de perspective dans le monde » qui sont une clef de poésie. Par exemple le jeu entre les lèvres et la soif, affectionné et chargé de sens quant à la requête infinie du poète : « Rivière, goûte à mes lèvres... ». L’amour et l’Amour coulent doucement là-dessous. Voici un livre qui laisse une impression particulière de rêverie, de richesse intérieure, d’art magique du langage. Une belle quête.

Les Degrés de l’incompréhension", de Max de Carvalho
Sitaudis (4.11.2014), par Patrick Kéchichian

Patrick Kéchichian suit depuis longtemps l’écriture de Max de Carvalho. À l’occasion de la parution de son dernier ouvrage, Les Degrés de l’incompréhension, il a donné dans la revue Sitaudis une lecture personnelle particulièrement éclairante. « Le titre du livre de Max de Carvalho, écrit-il, indique une direction, une progression, montre un chemin. Chemin que l’on pourrait dire de pénitence. Il n’est pas non plus interdit de penser à des "degrés" descendants, d’interpréter cette " incompréhension" comme une perte du sens, une victoire de la nuit sur la connaissance et son plein jour. Mais la contradiction n’est qu’apparente.

« En suivant l’auteur, en visitant, en s’égarant dans le monde à la fois visible et invisible dont il trace les contours poème après poème, on dépasse cette fracture. Et d’ailleurs, faire pénitence, n’est-ce pas traverser la nuit du non-savoir pour se diriger vers une connaissance, une lumière, dont le pénitent n’avait, auparavant, aucune idée, mais dont il avait l’espérance ? "Silencieux est / le contour de la parole", écrit Max de Carvalho. Il n’est pas excessif d’associer ce silence et la nuit dont je parlais. Dans les deux cas, la parole est élevée à sa pleine dignité. Elle invite à autre chose qu’à une écoute flottante ou distraite. Elle se fait appel, peut-être prière, loin de "la rapine des voix". […]

« Tandis que le poète tente de traduire une part de son expérience, celui qui le lit se découvre ou se reconnaît dans la quête exprimée par le poème. Lui-même se faisant traducteur, interprète, comme d’une partition qu’on lui tend et qu’il lit à sa manière. Il tâtonne en direction d’un sens, que parfois il comprend, d’autres fois devine. À ce propos, peut-être faut-il décréter qu’il y a deux grands hémisphères dans la poésie. Décret sommaire, mais qui, me semble-t-il, ne manque pas forcément de pertinence… Le premier hémisphère renvoie à la personne du poète, à son expérience, à ses bonheurs et surtout à ses déboires. Lyrisme autocentré, autosuffisant qui incite le lecteur à la déférence ou à l’identification. Le second n’exclut évidemment ni la conscience du poète ni la nature propre de son expérience ; mais en passant par celle-ci, il s’ouvre, laisse entrer les vents contraires, brise les murailles du moi. Avec ce "désir en nous vivant / d’un moi impersonnel à tous les moi" dont il était question dans un précédent recueil du même auteur, Ode comme du fond d’une autre réalité (éd. L’Arrière-Pays, 2007).

« Dans ce territoire, le poète tente de franchir l’abîme qui le, qui nous sépare du monde, nous interdit une pleine appartenance. C’est ainsi que j’interprète le titre et le contenu de la première section du livre : "L’exil du proche » où il est question, dès le premier poème du livre, de « l’éloignement, dans la plus / grande proximité de l’exil". Un autre titre dit : "Nous allons rompre le cercle". Ici, peut s’éprouver "la fraicheur du plus / lointain des nuits". Ici, se trouve récusée toute tentation de suffisance : "Epouse l’ignorance / des miroirs jusqu’à / étreindre cette science / qui, sans image, // perce à jour".

« La dernière section du livre a pour titre : "Le pouvoir d’apprivoisement du petit". On y entend, dans le blanc de la page, voler une mouche ; elle "récite le premier / psaume du jour" et, "sur la crèche / veut voir elle aussi quel / Sauveur lui est né." Cette naissance ne clôt pas un cycle, elle est un commencement, une boussole. Le livre de Max de Carvalho offre, non seulement de multiples entrées, mais aussi des rythmes, des souffles diversifiés. Le bref, le lapidaire dominent, comme dans son Enquête sur les domaines mouvants, paru chez le même éditeur en 2007. Mais pas comme dans un autre recueil publié dix ans plus tôt, Adresse de la multiplication des noms (Obsidiane, 1997), où le vers et le poème avaient besoin de s’étaler, de se raconter. Il serait fort hasardeux d’en conclure quoi que ce soit. La petite, la négligeable mouche évolue dans les plus vastes espaces,"la chambre d’à côté / et la mer scintillante" appartiennent au même monde. Le nôtre. »

PETITE ANTHOLOGIE

Enquête sur les domaines mouvants
(extraits)

Double inconnu qui
me tiens éveillé, sortons,
il fait nuit.
Tes rues vont l’amble
jusqu’aux faubourgs de vent.
La lune brille.
Adieu, enfant des limes,
à présent laisse-moi.

*

Ne hâte pas l’érosion du regret,
préfère les cercles dans l’eau. Fais
rouler la salive sur le corail des dents,
repasse sur ta bouche la braise ardente,
puis sur la langue le fil du rasoir.
Les chatons du saule vont tomber.
L’âme des lèvres rêve éveillée.

*

Au milieu de la nuit
la mer m’a réveillé.

J’entendais le ressac,
les bruits de la ville
avaient cessé.

La mer respire en moi
et je respire en elle.

Ma chambre au large
est dans ma chambre.

Vagues : ombres au mur.