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Arnaud BOYRE

(1572 - 1656)

 Arnaud Boyre est né à Périgueux en 1572 et mort à Toulouse en 1656.
 En 1592, il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus.
 De 1632 à 1637, il sera provincial d’Aquitaine. Au Puy il se trouve amené à superviser le Père Esprit Panassière, confesseur dominicain d’Agnès Galand, en religion Agnès de Jésus, dominicaine au monastère de Langeac.
 Il reçoit plusieurs fois la visite du Père Panassière au Puy, et plusieurs fois il se rend à Langeac jusqu’à son départ du Puy en 1627.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Grand Mémoire sur Agnès de Langeac

REVUE DE PRESSE

Grand Mémoire sur Agnès de Langeac
La Vie spirituelle (09/01/2005), par Jean-Christophe de Nadaï

 À l’aube du « grand siècle des âmes », Agnès marquait, dès l’âge le plus tendre, un amour tout extraordinaire pour Jésus, l’Époux des âmes. Fille d’un coutelier du Puy, son humble fortune défendait qu’en vie religieuse elle prétendît au-delà de l’état de converse. Elle fut reçue pourtant soeer de chœur, un an après sa prise d’habit au monastère des dominicaines de Langeac, alors récemment fondé, avant d’être désignée maîtresse des novices, puis élue prieure : elle n’avait pas vingt-six ans. L’ordre des hiérarchies sociales s’étendait alors jusqu’aux cloîtres ; Agnès s’en est joué. Elle le dut certes à son talent de voix, mais surtout à l’exceptionnel éclat de sa vie mystique, à quoi les plus sceptiques durent se rendre.
 Les grâces mystiques se jugent d’après leur fécondité pour l’Église. Dans le pays de Langeac, Agnès est toujours invoquée comme « Mère Agnès ». Les mystiques sont prophètes : ils parlent aux hommes au nom de Dieu. Cette Parole de Dieu, vécue dans leur chair, peut rejaillir en doctrine spirituelle, déposée dans leurs écrits. Mais d’Agnès, on n’a conservé que quelques rares lettres. C’est que la Parole de Dieu se pouvait lire à même sa chair.
Le P. Arnaud Boyre, s.j., fut parmi le premier de ces « lecteurs ». Il ne fut pas le moins émerveillé du mystère qu’elle manifesta, décrit dans son Grand Mémoire. Les éditions Arfuyen nous donnent le premier et le dernier chapitre, parmi les plus suggestifs.
 Le parti de diviser cet écrit touffu en brefs paragraphes, comme autant de versets, en relève la poésie sous-jacente : « Les richesses célestes de cette vierge, écrit Boyre, nous sont, à la manière des étoiles du ciel, semées sans ordre que nos yeux puissent remarquer. »
 Il y est fait état des phénomènes extraordinaires dont le corps d’Agnès était le siège, de ses stigmates, du feu d’amour dont elle était physiquement brûlée : nulle complaisance ici pour le spectaculaire, mais discernement d’une vérité prophétique. « Alors encore qu’elle était hors de soi entre la mort et l’amour, elle étendit les bras en croix et cria : "Ô Amour, que tu es puissant ! (...) Non, non, mes sœurs, je n’ai point de cceur. Il y a plus de quinze jours que l’Amour l’a emporté. Je ne dis rien de moi, c’est l’Amour qui parle." » Étrange état du chrétien ici-bas : la grâce de Dieu comble son coeur en creusant son désir. Telle est la « pauvreté de coeur » de la béatitude, trouvant en Agnès son expression la plus littérale : Je n’ai point de cceur – non que le cœur soit mort : ravi hors de soi, il gagne en force et en voix à se laisser ainsi ravir. Au sentiment d’une compagne d’Agnès en religion, rapporté par Boyre, « elle mourut plutôt par un effort d’amour de Dieu qu’autrement, en égard à la force qu’elle avait en mourant. » Digne épouse de Celui qui mourut en poussant un grand cri.

Grand Mémoire sur Agnès de Langeac
Le Monde (11/05/2004), par Patrick Kéchichian

Agnès de Langeac (1602-1634) entre à l’âge de 19 ans dans le tiers-ordre dominicain du Puy. Sa vie spirituelle fut marquée par la rencontre de Jean-Jacques Olier, fondateur des prêtres de Saint-Sulpice, grande figure de l’école française, et par une dévotion particulière à la Vierge.

Le Père Boyre, jésuite, fut supérieur de son ordre au Puy dans les années 1630. Il rédigea un Grand Mémoire sur la vie d’Agnès de Langeac (de Jésus en religion), dont les écrits et les paroles conservés sont rares.

Jean-Claude Sagne en présente ici les premiers et les derniers chapitres, où l’auteur raconte son itinéraire sur le mode héroïque qui convenait à ce genre d’écrit.

Dans l’intimité du Crucifié
Les Affiches (11/02/2004), par Christine Muller

 Lue couramment au 17° et 18° siècles, la vie d’Agnès Galand, moniale dominicaine à Langeac tomba dans l’oubli, probablement phagocytée par la Révolution française. Le Grand Mémoire sur Agnès de Langeac du Père Arnaud Boyre, biographe et ami de la sainte a été ressuscité comme il se doit par Gérard Pfister et préfacé par Jean-Claude Sagne.
 La petite épouse de Jésus eut la vie brève mais intense : trois décennies au service du Christ, vivant d’hosties et de vinaigre, elle revécut à plusieurs reprises la Passion, clous, sang et croix compris, sans jamais pousser un murmure de protestation...
 Le savoureux récit du Père Boyre, enrichi des tournures précieuses en usage sous le Grand Siècle narre pieusement le catalogue édifiant des tortures indescriptibles – une toutes les dix lignes ! – infligées à la malheureuse. Avoir été l’élue du Seigneur n’eut rien d’une cure de jouvence. Pourtant, Agnès resta vaillante, trouva sur son chemin des pièces pour les pauvres ou quelques bras musclés invisibles pour la transporter sur l’autre rive de la Loire. Dans sa cellule dépouillée, Jésus, la Vierge ou un ange lui susurrent quelques paroles réconfortantes à divulguer à ses Soeurs.
 Nonobstant cette collection de supplices raffinés, le Grand Mémoire ne sombre pas dans la neurasthénie : le Père Boyre, témoin de miracles, consigna avec une sorte de ferveur joyeuse pailletée d’or – dans le droit fil de l’hagiographie en vogue Les Vies des Saints – le quotidien pas morose de cette intime du Crucifié.

PETITE ANTHOLOGIE

Grand Mémoire sur Agnès de Langeac
(extraits)

 Tous les ans, aux fêtes de Noël, elle brûlait par les grandes inflammations d’amour qu’elle avait au cœur, et son âme enamourée de son Bien-Aimé faisait un brasier de son cœur, si bien qu’il fallait non seulement rabattre cette ardeur par des linges mouillés, mais à pleines mains verser quantité d’eau dans son sein.
 Et elle-même, bien que hors de soi, aidait ses sœurs, portant la main au bassin et arrosant ses flammes. L’excessive chaleur buvait tout cela, et desséchait les linges. Ne trouvant pas assez de rafraîchissement dans l’eau, elle s’abandonnait à ses feux et criait : « Je veux Jésus ! Je veux Jésus ! »
 La coutume est ici de dresser une crèche et de loger l’image de l’Enfant Jésus sur le foin. Ses bonnes sœurs, courant à leur étable, prenaient leur petit Jésus : « Et voyez votre Jésus ! » disaient-elles.
 Agnès les rebutait, et disait : « Ce n’est pas celui que je veux ! Donnez-moi Jésus ! » Elle ne passait ces jours-là ordinairement sans de telles atteintes, qui néanmoins arrivaient bien souvent durant l’année.
 Quant à ces embrasements, on a remarqué fort souvent que sa bouche et ses dents paraissaient noires et comme brûlées à cause de telles ardeurs, accompagnées de grandes altérations. D’autres fois, que ses lèvres étaient, selon le Cantique des cantiques toutes empourprées et sa face, comme la face d’un Chérubin, haute en couleur, et parfois de sa poitrine ardente sortait une vapeur merveilleusement chaude jusqu’à la main du prêtre qui lui présentait le saint Sacrement.
 Cette rougeur et cette noirceur naissaient de diverses causes.
 Celle-ci provenait des ardeurs d’un purgatoire que cette âme charitable avait demandé d’endurer pour les trépassés.
 Celle-là était un effet de l’ardent amour qu’elle portait à son époux.

*

 Elle eût voulu entièrement aimer Dieu et à cœur saoul, quoiqu’elle ne s’en déprenait guère.
 Et pour ce, un prédicateur lui fournit matière pour longtemps. Il dit en prêchant que Dieu aimait toujours.
 Cela lui agréa tant que désormais, étant absorbée en Dieu, elle n’avait autre chose en bouche, sinon : « Dieu aime toujours. »
 Et même lorsqu’on lui demandait, durant cet excès, quelque chose, sa réponse était à tout : « Dieu aime toujours. »
 Je crois qu’elle admirait cet Amour en Dieu, et estimait tout son amour comme un néant en comparaison de ce continuel et ineffable Amour divin auquel elle ne pouvait atteindre en ce monde.
 Aussi s’était-elle habituée dès son enfance – et n’ayant encore que six ou sept ans d’âge – à tenir son esprit et son cœur à Dieu, exercice auquel cette petite créature s’attacha si opiniâtrement qu’elle disait en soi-même : « Tenons bon un quart d’heure avec Dieu ! » Et, au bout du quart d’heure, elle disait : « Poussons un peu plus ! », et tirait jusqu’à une demi-heure, et de là franchissait l’heure, et deux, et trois, et quatre heures, par une sainte et tout admirable obstination en une enfant.
 Cela lui coûta deux ans au bout desquels elle se trouva maîtresse de soi-même et continuellement collée à son Bien-Aimé, de sorte que son confesseur me disait : « Mon Père, elle a Dieu présent, bien que vous la voyiez parler à la grille et faire l’occupée. »
 Mais il y avait toujours des discontinuations en cet amour si opiniâtre, et j’estime véritable ce que me dit en en Saintonge une bonne femme de grand renom pour la perfection : « Vouloir avoir l’esprit sans relâche attaché au bon Dieu, c’est le vrai moyen pour devenir fou. » 
 En cela il est nécessaire qu’un sage directeur en juge selon le corps et l’esprit des personnes.