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Jacques Bénigne BOSSUET

(1627 - 1704)

 Jacques Bénigne Bossuet est né à Dijon en 1627 et mort à Paris en 1704.
 Issu d’une famille de parlementaires, il fait ses études au collège jésuite de Dijon. Nommé évêque en 1669, à 42 ans, il est choisi l’année suivante pour précepteur du Dauphin.
 Dix ans plus tard, à la fin de son préceptorat, il est nommé évêque de Meaux. Il fait alors figure de chef de l’Eglise de France, avec les responsabilités qui en découlent et son images auprès de la postérité en sera durablement faussée.
 Ses querelles avec les quiétistes, les protestants ou les Jésuites ont ainsi fait oublier l’intense activité de directeur de conscience, dont témoignent pourtant de nombreux écrits et correspondances.
 De même, on a surtout voulu retenir de lui l’image de l’orateur : or, à l’inverse des prédicateurs de son temps, il pense que « l’éloquence doit venir d’elle-même » et se méfie des séductions de la rhétorique. Son art oratoire ne tend pas au spectacle, mais à cette simplicité forte qui est la marque des grands spirituels.
 Tel un saint Augustin transplanté à l’aube des temps modernes, on pu le définir justement comme « un homme du siècle des saints égaré dans le Grand Siècle ». 

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

La Vie cachée

La Vie cachée

La Vie cachée

PETITE ANTHOLOGIE

La Vie cachée
(extraits)

 (...) Et qu’est-ce que cette image de moi-même que je vois encore plus expresse, et en apparence plus vive dans cette eau courante ? Elle se brouille, et souvent elle s’efface elle-même, elle disparaît quand cette eau est trouble. Qu’ai-je perdu ? Rien du tout, qu’un amusement inutile. Ainsi en est-il des opinions, des bruits, des jugements fixes si vous voulez, où les hommes avoient voulu me donner un être à leur mode.
 Cependant, non seulement je m’y amusais comme à un jeu, mais encore je m’y arrêtais comme à une chose sérieuse et véritable : et cette ombre, et cette image fragile me troublait et m’inquiétait en se changeant ; et je croyois perdre quelque chose.
 Désabusé maintenant d’une erreur dont jamais je ne me devais laisser surprendre, et encore moins entêter, je me contente d’une vie cachée et je consens que le monde me laisse tel que je suis. Qu’on est tranquille alors ! Encore un coup, qu’on est heureux ! (...)

*

 (...) Hélas ! est-ce pour cela que je suis fait ? Que je suis donc peu de chose ! Que ces talents sont vils et de peu de poids !
 Est-ce la peine de me charger du soin des autres, de mendier leur estime, d’écouter leurs importuns discours, de flatter leurs passions, de les satisfaire quelquefois, de les tromper le plus souvent ? Car c’est là ce qu’on appelle gouverner les hommes ; c’est ce qu’on appelle supériorité de génie, puissance, autorité, crédit.
 Et pour cela je me chargerai devant les hommes de soins infinis, de mille chagrins envers moi-même, et devant Dieu d’un compte terrible ? Qui le voudrait faire s’il n’était trompé par des opinions humaines ? Ou qui voudroit étaler ces vains talents, s’il considérait qu’ils ne sont rien que l’appât de la vanité, la nourriture de l’amour-propre, la matière des feux éternels ? Ah ! que ma vie soit cachée, pour n’être point sujette à ces illusions ! (...)