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Angel BONOMINI

(1929 - 1994)


Ángel Bonomini est né à Buenos Aires en 1929.
La poésie est sa première passion littéraire et en 1950, à l’âge de vingt ans, il publie des poèmes dans la célèbre revue Sur dirigée par Victoria Ocampo.
De 1955 à 1962, il vit à New York, où il a deux filles de son premier mariage. De retour à Buenos Aires, il est nommé critique d’art de la Nación. Il fait alors la connaissance de sa seconde femme, le sculpteur Vechy Logioio avec qui il partage une même passion pour l’Italie.
En 1972, paraît Los novicios de Lerna, ouvrage considéré en Argentine comme un classique de la littérature fantastique.
À la demande de Borges et de Bioy Casares, Ángel Bonomini participe au volume qu’ils préparent Antologia de la literatura fantástica argentina. Quelques années plus tard, il publie encore des nouvelles éblouissantes dans les livres El libro de los casos et Los lentos elefantes de Milán.
Son dernier livre de nouvelles, Más allá del puente, verra le jour en 1996. 
Ángel Bonomini est mort en 1994. 

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Tours de silence

REVUE DE PRESSE

Tours de silence
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (06/01/2005), par J.-P. Jossua

 Àngel Bonomini (1929-1994) a été un critique de littérature et d’art, un auteur de nouvelles fantastiques dont la réputation a dépassé de loin l’Argentine, un poète dont l’ouvre est d’un ton tout différent : dépouillé, presque incolore, orienté dans le sens d’une quête spirituelle. Laquelle ? Celle de « la vérité insaisissable / sinon par la présence de l’amour » qui demeure « au fond secret des choses » dans « l’imperturbable sérénité du silence ».
 On a pu le comparer à Roberto Juarroz et, d’une autre façon à Borges, ses compatriotes.Les deux recueils Torres para el silencio (1988) et Lo oculto y lo manifiesto (1991) nous sont proposés en édition bilingue par Silvia Baron Supervielle et les éditions Arfuyen dans leur belle collection Neige.
 Le premier de ces recueils nous étonne par sa clarté. Il invite à un retrait à l’égard des mouvements et de l’aménité du monde, des repré¬sentations et de la beauté ; à une acceptation du creux en soi, de l’oubli, du non-agir, de la perplexité, de la diaphanéité et surtout du silence. Avec un curieux échange entre la forme qui doit s’effacer et le rien d’où quelque chose surgira. Cela, afin de pressentir que « Dieu se cache dans ses traces ». Attention ! Il ne s’agit pas tant de trouver que de faire en sorte « que la quête soit la chose trouvée » et de comprendre que ce qui nous unit, c’est « une identique attente, / la certitude de la rencontre impossible ».
 En regard de celui-là, le second recueil est moins unifié et fait penser à une collection de poèmes réunis au nom de la même quête fondamentale, avec une grande insistance sur l’unité, l’harmonie, la tension vers la « réalité insaisissable », une « forme / d’éternité », le mystère « pur / et impénétrable. Mais toujours dans l’ambiguïté » entre le vide et le plein : « La présence concrète / ou le vide de Dieu. / Cela revient au même, / l’âme le sait bien :/ Son Absence est sacrée aussi ». Oui, c’est très beau de le dire ainsi, car quelque chose d’essentiel au sujet de Dieu est célébré ; c’est aussi rendre justice à tant d’êtres dont la quête n’aboutit apparemment pas. Mais cela ne revient pas tout à fait au même, si du moins l’on a une fois laissé la porte ouverte à l’avènement de la Présence.

PETITE ANTHOLOGIE

Tours de silence
traduit par S. Baron Supervielle
(extraits)

Nuit

 

La multiple réalité s’efface
dans l’air vide.
Tout égare son nom
dans l’unité secrète,
et l’essence de chaque chose
se recharge
à l’abri lucide des ombres.

*

Nous serons de retour chaque fois
jusqu’à tarir l’être que nous sommes
afin que, de pure vie,
nous puissions gagner le sens
de nos naissances répétées.

*

Les vastes terrasses
de la maison qui ne fut jamais bâtie ;
les vignes ocres qui ne furent pas plantées ;
le temps antérieur au premier instant ;
les villes non fondées ;
le contre-rêve, l’envers de la réalité ;
ce qui n’est pas objet d’oubli ou de nostalgie ;
ce qui n’existe pas ni n’a existé
en heures ni en géographie.

De tout ça se nourrit et meurt,
c’est là que repose,
et œuvre cette façon d’être que nous sommes :
une simple possibilité
face à des renoncements infinis.