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Giuseppe BONAVIRI

(1924)

 Giuseppe Bonaviri est né à Mineo (Catane) le 11 juillet 1924.
 Sa mère, Giuseppina Casaccio, était la vingt-quatrième et dernière fille de Maître Turi, boulanger à Mineo au début du siècle. Partie pour New York avec ses frères et sœurs, à son retour, en 1923, elle épouse Settimo Emanuele Bonaviri qui exercera le métier de tailleur jusqu’à trente-six ans, dans la « grand-rue » du village, puis émigrera, en 1938, avec son frère, pour chercher du travail en Abyssinie, dont il reviendra en 1947.
 Pendant son enfance, Bonaviri vit avec son oncle Michele et sa tante Agrippina, soeur aînée de sa mère, car les deux époux n’avaient pas d’enfant. Il commence d’écrire à l’âge de neuf ans, déjà en symbiose avec la tradition de Mineo.
 Ayant terminé ses études secondaires en 1943, en pleine guerre, il s’inscrit à la faculté de médecine et soutient sa thèse en 1949 à Catane. Dans cette même ville il se spécialise en cardiologie, en 1955, après avoir été médecin militaire.
C’est là qu’il finit d’écrire Il sarto della strada lunga (Le tailleur de la grand-rue) qui plaît à Vittorini et sera publié en 1954 chez Einaudi. Le roman est accueilli avec beaucoup d’intérêt par la critique et marque le début d’une intense activité littéraire.
 Pendant six ans il a la charge du cabinet médical de son village, puis ayant déménagé à Sora (Frosinone), il épouse en 1957, Raffaella Osario. Par la suite il s’installe à Frosinone où il exerce aujourd’hui encore son activité de cardiologue. Il a deux enfants, Pina et Emanuele, et fait collection de nids et de cailloux.
 Publiée par les plus grands éditeurs italiens, l’œuvre de Bonaviri a été traduite dans de nombreuses langues.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Ô corps soupirant

PETITE ANTHOLOGIE

Ô corps soupirant
traduit par Monique Baccelli
(extraits)

Le vent

L’herbe blanche tremblait au vent,
chaque chose était en épouvante.
Dans l’eucalyptus se penchait le nid,
et le chardon dépérissait.

Seule la vieille veillait ; a sonné
la sombre cloche
en un gouffre lointain.

Languissants affleuraient les morts
traversant diamants et labyrinthes
Heurtées par le vent les étoiles
tombaient en brillantes flammèches.

L’univers en densité
fut infini,
criblé de trous noirs et de puits.

*

Alid prêche la non-vie

A l’herbe bleue Alid demandait :
« Pourquoi meurt-on ? » L’herbe
s’attrista, s’enferma dans sa feuille. Venu du mont,
le vent marchait dans l’air doux.
Alid demande, demandait au caillou,
à l’épervier, Alid ne trouvait pas la paix.
Aussi prêcha-t-il la non-vie
de par ravines et collines.

(De l’âme le chemin lui était inconnu.)
L’eau cessa de courir,
le ruisseau se fit d’améthyste.
L’églantine mourut en ses cinq
boutons, point ne renaquit le cyprès
ni la baie. L’insecte charançon
dans les grains d’orge ne fut plus
qu’ailes et carapace et gisait mot.

Disparue l’onde souterraine, l’homme
n’engendra plus de petit. Parmi les cendres
du Phénix, Alid se trancha la gorge,
et tout autour de lui le monde fut
désert sans ombres. Pendant que la lune,
en ascension, se ridait,
la mort sans jaunissime fleur d’hypericum
fut engloutie par l’infini stellaire.

Oh chevrier Giovanpietro le triste
toi – seul – jouant du chalumeau
tu penses aux roches parcourues de tonnerre,
et à l’âne Rondello dans les champs de la
lune ! De passereaux plus de cris, plus
ne vient avec les cigales le vent méridien ! Pulsant
par positrons et quarks, dans la voie Lactée
pleure – en sa mante – un Dieu noir.