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Albert et Adolphe MATTHIS

Bois d’oignon

Ziwwelbaamholz

PRIX DU PATRIMOINE NATHAN KATZ 2005
Traduit du strasbourgeois par Gaston Jung
Préface de Dominique Huck
Postface de Maxime Alexandre
Bilingue strasbourgeois-français

Collection Neige n°13, ISBN 2845900856

16 €

L’œuvre des frères Albert et Adolphe Matthis (1874-1930/1944) a été distinguée par le Prix du Patrimoine Nathan Katz proclamé en novembre 2005. Le présent ouvrage est publié pour contribuer à l’hommage qui leur sera rendu à cette occasion dans le cadre des 1res Rencontres Européennes de Littérature à Strasbourg en mars 2006.

Réputés intraduisibles, les textes des frères Matthis sont pour la première fois traduits du strasbourgeois par Gaston Jung. À travers leur œuvre, pleine de sève et d’ironie, c’est toute une manière de vivre et de sentir qui apparaît.

Si le grand poète portugais Pessoa est l’inventeur d’une Lisbonne imaginaire, les Matthis ont eu le génie de faire de leur ville un lieu mythique, bien au-delà de tout particularisme. C’est pourquoi leurs textes s’adressent à tous : la magie de leur ville y est présente d’une manière originale et savoureuse, témoignage d’un espace disparu, qui n’a au fond peut-être jamais existé.

« ‘‘Dites-moi, monsieur l’ébéniste, ces objets rustiques sont de quel bois ?’’ L’ébéniste ne dit rien et sourit. Après un moment il pense tout haut : ‘‘Des fois, je ne le sais pas moi-même, c’est simplement comme... du bois d’oignon.’’ » Cette historiette racontée par Gaston Jung explique ce titre étrange : Bois d’oignon (Ziwwelbaamholz), inventé par les frères Matthis pour leur tout premier recueil.

Car leur langue n’est ni le français ni l’allemand, mais le dialecte, une langue indéfinissable : du « Bois d’oignon » en quelque sorte ! Pour ces deux poètes patriotes vivant dans une terre annexée par le Reich, il y a là un acte de résistance culturelle des plus courageux qui leur attira l’hostilité de tous les germanophiles.

D’une farouche et malicieuse indépendance, ils n’ont que faire de ces jugements : « Il y a chez les frères Matthis, souligne leur biographe, un curieux mélange de simplicité et de fierté. Ils n’ont jamais recherché les honneurs. La gloire est venue d’elle-même, un jour. Elle est venue de la sincérité de leur effort poétique, et cet effort a été pour eux un besoin. La poésie fut le côté lumineux de leur existence modeste. »  

Leur silhouette est restée légendaire : « Vieux garçons, écrit encore leur biographe, quelque peu originaux dans leur comportement, inséparables tant qu’Albert vivait, semblables sans être absolument ressemblants, de taille plutôt au-dessus de la moyenne, vêtus tous deux de même façon, l’œil brillant ou rêveur sous leurs grands feutres noirs à larges bords ; d’un abord craintif et facilement effarouché comme pour s’abriter contre la raillerie toujours aisée. Ajoutons qu’ils étaient affables, délicats, d’une politesse exquise, et généreux quand ils se sentaient compris et qu’ils savaient sincère l’intérêt qu’on leur témoignait. »