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Alfred BOEGNER

(1851 - 1912)


Né à Strasbourg en 1851, le pasteur Alfred Boegner est l’oncle du célèbre pasteur Marc Boegner et le père de Jacqueline Boegner, qui épousera le philosophe Gabriel Marcel.
Le dimanche 25 février 1912, Alfred Boegner prêche à La Rochelle sur la parole de l’Éternel à Abraham : « Je te bénirai et tu seras en bénédiction. » Après une prédication puissante et inspirée, il indiquait le cantique qu’on allait chanter quand il s’écroula dans la chaire, mortellement frappé. Il avait 60 ans. 
Le père d’Alfred Boegner était lui-même pasteur. Le jeune Alfred suit une formation religieuse au Temple-Neuf, sur les lieux où vécut Tauler. En 1869, il s’inscrit à la Faculté de théologie luthérienne de Strasbourg. Mais, l’Alsace étant annexée, il décide d’opter, dès sa majorité légale, en 1872, pour la France. 
En 1876, il reçoit la consécration pastorale. « Vous n’êtes pas à vous-mêmes », écrit-il le 21 juin, phrase qui restera sa devise. En 1878, le Comité de la Société des Missions l’appelle à seconder le pasteur Casalis, puis à lui succéder à la tête des Missions protestantes.
Avec sa femme, il part en 1883 pour le Lessouto. Neuf enfants naissent entre 1881 et 1898.
En 1886 est inaugurée au 102 boulevard Arago la Maison des Missions. Dès lors sa vie se partage entre la formation et les responsabilités au service des Missions. En plus des nombreux déplacements de prédication, il multiplie les voyages auprès des missions africaines, ainsi qu’auprès d’autres églises protestantes étrangères (New-York, Canada, Edimbourg). C’est ainsi qu’il participe au « premier concile apostolique des chrétiens évangéliques ».
Il meurt en chaire le 25 février 1912, à La Rochelle.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Pensées du matin

REVUE DE PRESSE

Pensées du matin
Bulletin de la Société d’Histoire Protestante Française (04/01/2007), par Michèle Sacquin

 La belle figure du pasteur Alfred Boegner (1851-1912), qui fut sous-directeur, auprès d’Eugène Casalis, puis directeur de la Société des Missions évangéliques de Paris de 1879 à 1912, demeure bien vivante dans les mémoires protestantes. Après la biographie que Maurice Leenhardt lui avait consacrée dès 1939, la thèse de Jean-François Zorn (Le grand siècle d’une mission protestante. La Mission de Paris de 1822 à 1914, Paris, Karthala, 1993) a jeté un éclairage nouveau sur son action au sein de la Société des Missions au moment où celle-ci connaissait la plus grande extension de son histoire.
 On sait moins qu’Alfred Boegner était le beau-père du philosophe Gabriel Marcel. Ce dernier avait épousé en 1912 sa fille Jacqueline, rencontrée par l’intermédiaire de son fils Henri Boegner, agrégé de philosophie comme G. Marcel. Jacqueline et Henri devaient tous deux, au terme d’itinéraires différents, entrer dans l’Église catholique ainsi d’ailleurs qu’Anne, fille d’Henri et belle-fille de G. Marcel, qui préface aujourd’hui la réédition de ce petit livre d’une haute spiritualité.
 L’édition de référence est celle préparée à la veille de la grande guerre, pour l’éditeur Fischbacher, par Henri Boegner qui avait alors rédigé un avant-propos. Les Pensées du matin eurent un vif succès puisqu’elles connurent douze éditions en vingt ans. Elles tombèrent dans l’oubli par la suite jusqu’à ce que Michel Sales, éditeur de Gaston Fessard, d’Henri de Lubac et de Maurice Blondel, les redécouvre. Les éditeurs de ce joli petit volume ont choisi de remplacer la préface originale du pasteur Charles-Edouard Bahut, trop longue et quelque peu datée, par un texte publié le 26 février 1959 dans Le christianisme au XX’ siècle par le pasteur Émile Schloesing, qui fut lui aussi directeur de la Maison des missions évangé¬liques.
 Signalons au passage qu’Arfuyen, qui s’est spécialisé dans la publication de textes spirituels, a fait paraître en 2005 Malgré la nuit et le brouillard, un inédit du pasteur alsacien Charles Eugène Weiss (1922-1944) enrôlé de force dans l’armée allemande et qui mourut sur le front russe.

Pensées du matin
Élan (03/01/2007), par Jean-Claude Walter

 Connaissez-vous titre plus clair, aussi simple et rayonnant que Pensées du matin  ? A ce moment, la journée n’est pas encore entamée, si ce n’est par les mots que trace une main alerte, mue par une réflexion approfondie. Se lever tôt. Lire, méditer, écrire... C’est le secret de ce livre, de la démarche du pasteur Alfred Boegner, et qui peut devenir la devise du lecteur : « Un lever matinal est le secret de toute force spirituelle. » Oui, ce sont là de belles méditations, à partir du réel aussi bien que des lectures de la Bible, mais le penseur n’est jamais seul, il est avec Dieu et Jésus-Christ, à qui il ne cesse de se référer.
 Homme de foi, missionnaire, théologien, il nous livre de la sorte ses réflexions, notées de bon matin, et qui vont de 1873 à 1912, l’année de sa mort en chaire, à la fin d’une prédication. Nourri à l’Ancien et au Nouveau Testament, il n’oublie pas les contacts avec les hommes, ses frères, avec la nature, le défilé des saisons. A partir de l’hiver, deviner l’annonce du printemps : n’est-ce pas imaginer déjà « la vie éternelle » ?
 Celui qui fut durant trente ans directeur des Missions protestantes, voyageur empressé à travers l’Afrique, Madagascar ou Tahiti, père de neuf enfants, ne cesse en ces pages denses, limpides et prenantes, de s’interroger sur sa foi, l’enseignement de la Bible, la fraternité des hommes. Car il s’agit de « vivre dans la Bible, et vivre dans l’humanité » – où l’on pèse tout le poids de vérité que recèle par deux fois la petite préposition "dans"... Ainsi de tout ce texte, où chaque mot est flèche et cible dans un même élan.
 Lire ces Pensées du matin, c’est s’élever au-dessus des contingences du quotidien, oublier un instant nos tracas, pour aller à l’essentiel. Revenir à l’Evangile, nous dit l’auteur, c’est monter plus haut. "La lecture de la Bible, note-t-il, doit être avant tout morale." Qu’est-ce à dire ? Elle doit nous permettre d’"apprendre à aimer". C’est lui qui souligne ces deux mots. Y a-t-il plus beau message ?
 Né en 1851 à Strasbourg, Alfred Boegner fut un prédicateur estimé, un missionnaire efficace, un homme d’action autant que de méditation. Au fil de ces textes brefs - de trois lignes jusqu’à deux pages – le lecteur trouvera forte matière à réflexion, qui l’aidera aussi à faire son examen de conscience : prendre en mains son destin, tout en se rapprochant des autres... En voici quelques sentences : "Sans discipline, pas d’énergie." "La foi, source de l’amour qui fait seul vivre le cceur." "On ne sait plus voir son chemin, on perd le sens du devoir." Alors, n’oublions pas "que nous sommes plus forts en nous tenant aux armes spirituelles" !
 Il faut savoir gré à la collection des Carnets spirituels de nous offrir la réédition de ce beau livre, publié pour la première fois en 1914, et qui connut jusqu’à douze éditions avant 1940. On lui souhaite le même succès aujourd’hui.

Pensées du matin
Foi et Vie (02/01/2008), par Jean-Paul Sorg

Directeur de la Société des Missions évangéliques de Paris de 1892 à sa mort, Alfred Bœgner avait eu à s’occuper du difficile cas d’un certain Albert Schweitzer, un « Alsacien » allemand qui voulait à tout prix « servir » à Lambaréné, sur une station de la mission en territoire colonial français. Un matin de 1912, il prêchait à La Rochelle quand, à la fin du sermon, au moment d’indiquer un cantique, son cœur s’arrête et il s’écroule. C’est à titre posthume qu’en 1914, tirés de ses « Cahiers de notes journalières ». des fragments intitulés Pensées du matin paraissent chez Fischbacher.

Œuvre intime autant que posthume, l’ouvrage connut plusieurs éditions entre les deux guerres. Grâce au flair de Gérard Pfister, les éditions Arfuyen viennent d’enrichir leur catalogue de « Carnets spirituels ».

Parce que la journée et les soirées étaient consacrées à la gestion de la société des Missions et que les luttes qu’il fallait y mener, souvent contre les inerties ou les prudences du Comité (comme on voit dans « l’affaire Schweitzer »), l’accaparaient, c’est à l’aube qu’Alfred Bœgner remplissaient ses carnets. Homme d’action, par la force des choses, il s’était réservé un peu de temps à lui chaque matin, pour méditer, prier, écrire. Acte de volonté plus qu’habitude. Et discipline. « Se lever tôt, c’est donner à l’esprit le pas sur la chair. » Mais est-ce faux ! « Qui se lève tôt est maître clé son corps, de sa journée, de sa maison, de son âme, de sa vie. » Ambiance au presbytère !

Sa devise : « Vous n’êtes point à vous-mêmes » (I Cor 6, 19) poussait au sacrifice, à l’humilité. À des pensées qui ne visent pas l’originalité, mais disent l’humilité du chrétien. Pensées qui ont pour enjeu le courage d’agir dans la journée, d’y accomplir sa mission ou son ministère.

PETITE ANTHOLOGIE

Pensées du matin
(extraits)

 Il est difficile d’être chrétien.
 Être chrétien sans cesser d’être homme.
 Être pénétré de l’esprit sacerdotal, et cependant être laïque, parler le langage de tous, vivre au grand jour, rester dans l’atmosphère générale de son temps, de son pays.
 Vivre dans la Bible, et vivre dans l’humanité.
 Être homme de famille et pourtant tout entier à Jésus-Christ.
 Être patriote, tout en aimant l’église.
 Voilà bien des difficultés.
 Une connaissance superficielle du Christ crée partout des antithèses. Une connaissance approfondie du Christ peut seule les résoudre.

*

 Jésus avait le courage de faire de la peine. C’est le courage de la charité ; avoir ce courage.
 Courage de dire la vérité à ceux qu’on aime. Non pas dire des vérités, mais la vérité : « Il ne t’est pas permis de faire cela… » Plus la relation est intime, plus la vérité est difficile à dire. Et cependant il le faut.
 La charité fade, banale, insipide, sans action, n’est pas la charité. On s’en dédommage par la médisance, par l’aigreur secrète.
 Le seul moyen d’acquérir la vraie charité, c’est de vivre dans la société de Jésus-Christ et de pratiquer tout de suite ses enseignements dans la mesure de nos forces.

*

 On n’agit sur les autres que par ce qu’on est soi-même. Ne rien exiger, ne rien attendre, ne rien demander aux autres, que je ne l’aie d’abord obtenu de moi-même dans la mesure et sous la forme où cela concorde avec ma tâche.
 Donc plus que jamais, faire porter sur moi-même l’effort, me sanctifier moi-même par la fidélité au devoir, par le renoncement, par l’oubli de moi-même.
 Pour ce travail de la sanctification, compter sur Dieu. Il y a une part qui me revient, c’est de remettre à Dieu le tout, de me soumettre et d’attendre : croire, donner prise à Dieu, éviter de lui faire obstacle, croire.

*

 Ne rien conseiller aux autres qu’on ne se soit à soi-même imposé.
 Ne rien imposer, qu’on ne se soit déjà imposé.
 Ne proposer aucun remède dont on n’use soi-même.
 En général, peu parler aux autres ; beaucoup parler d’eux à Dieu.