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Pierre de BÉRULLE

(1575 - 1628)

 Pierre de Bérulle naît en 1575, près de Sens, d’une famille de noblesse de robe.
 Un directeur spirituel exceptionnel lui fait découvrir les grands maîtres de la mystique rhénane et flamande. Sa cousine Madame Acarie, installée à l’hôtel de Bérulle, dans le Marais, est un élément déterminant de sa vocation.
 Bérulle est ordonné prêtre en 1599. Remarqué par Henri IV, il devient son aumônier honoraire et reçoit mission de rallier les huguenots au catholicisme. En 1604, Bérulle, qui avait pensé lui-même entrer chez les Chartreux ou les Capucins, crée avec Madame Acarie le Carmel en France, puis en 1611 la congrégation de l’Oratoire.
 En butte à de nombreuses attaques, Bérulle se tourne à nouveau vers la politique. Il œuvre à la réconciliation de Louis XIII et de Marie de Médicis par le Traité d’Angoulême (1619) et la Paix d’Angers (1620) et négocie le mariage d’Henriette de France avec le roi Charles 1er. Ardent défenseur de l’alliance avec l’Espagne catholique, il s’oppose à Richelieu.
 Dès 1628, Bérulle va soigner sa santé au carmel de la rue Saint-Jacques. Là, les derniers mois de sa vie se passent dans une extraordinaire effervescence spirituelle. Quinze jours avant sa mort, sa disgrâce politique, depuis longtemps poursuivie par Richelieu, est consommée.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Un néant capable de Dieu

1° éd.


Un néant capable de Dieu

REVUE DE PRESSE

Nous avons aimé cette année
La Croix (16/06/2005), par Francine de Martinoir

 En lisant ce merveilleux petit livre, on pense à la phrase de Cristina Campo : « La communion des saints n’est-elle pas elle aussi un lieu sidéral et géométrique où des destins se donnent rendez-vous, échangent de mystérieux aliments, font négoce en deniers fluides ? »
 
Ce lieu, c’est Paris en 1600, une ville de jardins et de couvents. Pierre de Bérulle a 25 ans, il vient d’être ordonné prêtre et héberge dans son hôtel du Marais sa cousine Madame Acarie, qui deviendra Marie de l’Incarnation. Mais ce lieu est aussi mental, croisement de routes, ce que l’abbé Brémond appellera « la métaphysique des saints », un moment privilégié dans l’histoire de la mystique.
 Dans les écrits de Pierre de Bérulle, on peut suivre les fils subtils qui le relient à saint Bonaventure, à Catherine de Gênes, ou encore à Maître Eckhart. Pour lui, la théologie est enracinée dans une opposition entre le néant ontologique de l’homme réduit à lui-même et la souveraineté de Dieu, opposition que seule peut supprimer la souffrance du Christ. Mais il dépasse le platonisme d’Eckhart en mettant l’accent sur I’Amour plus que sur la solitude de Dieu.

Bérulle, ou l’abandon à Dieu
Famille Chrétienne (13/08/2005), par Maryvonne Gasse

 « Si l’homme est au pouvoir de Dieu, comme l’argileentre les mains du potier, qu’en est-il de la liberté humaine ? », interrogeait en son temps le cardinal de Bérulle (1575-1629). La question n’a pas vieilli. Elle taraude l’homme contemporain comme elle taraudait l’humaniste du XVIIe siècle. Pierre de Bérulle est un maître spirituel à redécouvrir.
 Issu de la noblesse de robe, ce disciple de saint Augustin, qui aurait pu prétendre à une belle carrière ecclésiastique, fut saisi par l’insondable grandeur de Dieu face au néant de la créature humaine. Ministre et diplomate, introducteur du Carmel réformé en France, il fut l’une des grandes figures de l’Ecole française de spiritualité, qui donna naissance aux Oratoriens, aux Sulpiciens, et aux Eudistes
 Avant de discerner son appel à exercer son ministère sacerdotal en plein monde, Bérulle passa chez les Chartreux, les Capucins, les Jésuites. Dans une période de grands bouleversements, il ne cessa donc de s’interroger sur l’homme et sa liberté, comme le montrent ses propres écrits réédités, ainsi que le livre de Richard Cadoux. Un seul mot, en apparence désuet, sûrement décalé, résume cependant sa spiritualité : « Servitude ».
 A l’asservissement du péché, Bérulle répond en effet par le service inconditionnel à Dieu. « Pour lui, la liberté de l’homme réside dans le consentement à une grâce toute¬puissante et victorieuse », commente Richard Cadoux. Un consentement de tous les instants et de toute la per¬sonne, sonne, à l’image de la Vierge Marie qui ne connaît ni repli de l’intelligence ni retard dans l’obéissance, allant « de silence d’adoration en silence d’abandon ».
 Peut-être plus pasteur et mystique que théologien de métier, Bérulle meurt le 2 octobre, en prononçant ces paroles à l’autel : « Reçois, Seigneur, l’offrande de notre servitude ».

PETITE ANTHOLOGIE

Un néant capable de Dieu
(extraits)

 Pesons, je vous prie, ces vérités si importantes.
 Nous avons à vivre une éternité car nous sommes immortels. Nous avons à vivre avec Dieu car il n’y a point de vie qu’en Lui et avec Lui, et qui sera séparé de Lui sera séparé de la vie.
 Nous avons à vivre avec Dieu, de la vie de Dieu. Non de cette vie basse et misérable que nous vivons maintenant, mais de la vraie vie, qui est la vie de Dieu même. (...)

 Que faisons-nous de vivre en nous-mêmes et non pas en Dieu ? De nous glorifier en la connaissance de si petite chose, et n’être pas ravis en la vue, en l’espérance et en l’attente de choses si grandes ?
 Que sommes-nous ? Que savons-nous ?
 Nous sommes un peu de poussière et nous savons quelque chose des langues et des sciences humaines, et cela encore combien obscurément, combien faiblement !
 Et quand tout cela serait en sa perfection, qu’est-ce au regard de la langue et de la science des Anges qui parlent si hautement et savent si noblement toutes choses ?
 Et qu’est-ce encore de toute cette connaissance naturelle des Anges, au regard de celle de Dieu puisque le premier de tous les anges avec toute sa connaissance n’a pas laissé de se perdre ?

 

 Nous sommes appelés à choses plus grandes.
 Nous sommes appelés à connaître non ce monde, mais l’Auteur du monde et à vivre en Lui et de Lui une vie sans fin.
 Grande est notre dignité de vivre de la vie de Dieu et d’avoir pour notre félicité la félicité de Dieu même !
Appelés à un si rare objet, à un exercice si divin, à une vie si haute, à une félicité si grande, ne ravalons pas nos esprits à choses si basses, ne mettons pas notre plaisir à une vanité si petite.
 Ne nous dégradons pas si fort de notre noblesse et dignité non humaine, non angélique mais divine, mais propre à Dieu même, puisque nous avons par sa communication ce qui lui est propre par son essence et possédons par grâce ce qui lui convient par nature.
 Ô nature ! Ô grâce ! Ô communication de Dieu ! Ô vision de Dieu !
 C’est notre vie et notre vie pour jamais. Ne nous contentons de rien de moins.