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Barthélémy BAUDRAND

(1761 - 1787)

 La biographie de l’abbé Baudrand est peu connue. Citons la préface d’une réédition de ses textes en 1830 : « L’homme simple, le prêtre estimable, auquel nous eussions désiré consacrer une notice étendue à la tête de ce recueil a passé inconnu sur la terre et n’a laissé après lui que le souvenir de ses utiles travaux et la bonne odeur d’une vie pleine de vertus et de bonnes œuvres. »
 Barthélémy Baudrand est né à Vienne, en Dauphiné en 1701.
 Membre de la Compagnie de Jésus, il y demeura jusqu’à sa suppression en 1763. Il se retira alors à Lyon puis dans sa ville natale.
 Comme presque tous les Jésuites rentrés dans le monde, l’abbé Baudrand n’accepta aucune place. Il se consacra à un ministère caché et sans éclat et se tourna vers l’écriture.
 L’abbé Baudrand est mort à Vienne en 1787 (deux ans avant la Révolution Française ...).

 

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

L’Âme seule avec Dieu seul

REVUE DE PRESSE

L’Âme seule avec Dieu seul
Terre du ciel (11/01/2001), par Jacqueline Kelen

 Les Editions Arfuyen dont on connaît la qualité des publications dans le registre poétique et spirituel viennent de lancer une collection, destinée a taire redécouvrir la grande littérature religieuse,de langue française en premier lieu. Cette collection, inti !ulée Les Carnets spiritue !s, nous donne à lire des auteurs fort méconnus ou totalement oubliés des XVII`, CV’ !II et \IXe siècles et ncus remet en ménioire :lmportance, dans la traditien chrétieniie, du directeur spirituel, du rapport de maitre à disciple qui n’est pas seulement la caractéristique des voies orientales.
 Ainsi de l’abbé Baudrand, jésuite, qui pendant vingt ans fut directeur spirituel au collège d’Aix-en Provence puis se retira à Lyon où il fit paraître, en 1765, sans nom d’auteur, L’Âme élevée à Dieu, qui connut un très grand succès. Oui, les temps ont changé ! Suivront d’autres ouvrages,
dont L’Âme seule avec Dieu seul, publié en 1776.
 Le texte commence avec force et majesté : "Si la dissipation et les objets extérieurs n’entraînaient pas notre âme, elle aurait une pente naturelle à la retraite et à la solitude ; elle aimerait à rentrer en elle-même, pour y trouver le repos et la paix : aussi, quand elle se prête à cette aimable solitude, elle y trouve des attraits auxquels elle ne peut se retuser."
 Et le directeur spirituel continue, en déclinant les "précieux avantages de la solitude’’, propice au salut de l’âme : "Donnez tous vos soins à l’unique chose qui vous accompagnera après votre mort ; détachez-vous de ce monde qui va vous quitter." Il s’agit bien de discerner l’essentiel au sein d’une existence précaire, de chercher de s’efforcer, de prier et de pleurer. Et le ton d el’abbé, tout nourri d ela Bible et d e sgrands auteurs chrétiens, se met à gronder et à invectiver : "On voudrait servir Dieu mais on ne voudrait pas rompre avec le monde (...) On e ménage avec l’un et l’autre." Ou encore : "Enfants des hommes, jusques à quand aimerez-vous le prestige de la vanité ? Jusques à quand vous verra-t-on courir après l’illusion du mensonge ?"
 La parole devient auSsi lyrique, ardente, une reconnaissance éperdue d’amour : "Que je vous aime donc à jamais, ô Dieu d’amour : Vous êtes Par excellence le Dieu de la paix ; ce n’est que dans vous et dans votre saint service qu’on peut la trouver."
 Mais l’abbé Baudrand n’oublie jamais son rôle de directeur spirituel et sait donner des conseils avisés, raffermir les volontés, inviter ä des moments de méditation. L’enjeu n’est-il pas grandiose ? "Qui êtes-vous ? je suis chrétien. D’où venez-vous ? Du sein de Dieu. Où allez-vous ? A l’éternité." Ce court et dense ouvrage ne cesse de nous rappeler le "soin de notre intérieur"  : "Ne nous manquons pas à nous-mêmes..."
 L’Âme seule avec Dieu seul
illustre, en une langue magnifique, ce que Gérard Pfister, directeur littéraire, assure par cette nouvelle collection : les textes religieux des siècles passés s’avèrent beaucoup plus libres et bien plus actuels que les textes profanes d e al m^mùe époque.

PETITE ANTHOLOGIE

L’Âme seule avec Dieu seul
(extraits)

 C’est auprès de vous, ô mon Dieu ! que je viens chercher le repos et la paix de mon âme ; je m’éloigne de l’agitation et du tumulte du monde, pour venir vous trouver et m’entretenir avec vous dans la solitude où vous êtes si souvent sans adorateurs dans vos temples. 
 Hélas ! est-ce un si grand sacrifice de s’éloigner du monde, et même de le quitter entièrement, quand on le peut ? Que trouve-t-on dans le monde, surtout tel qu’il est à présent ? Que trouve-t-on bien souvent, que de faux amis, des parents indifférents, des hommes avides, intéressés, qui ne pensent qu’à eux-mêmes et sont tout occupés des choses fragiles et périssables ?
 Mais, ce qui est bien plus triste encore et plus dangereux, tant de mauvais exemples, de maximes perverses, de discours séduisants, partout des pierres d’achoppement et de scandale ; à quels périls n’est-on pas exposé pour son salut au milieu de tant d’occasions de se perdre !
 Que je suis donc heureux, ô mon Dieu ! de pouvoir pour un temps m’éloigner de ce monde si dangereux, de venir comme respirer auprès de vous et trouver dans cette sainte solitude quelques moments de repos et de paix ! Ah ! que ne puis-je y passer ma vie toute entière, me soustraire pour toujours au torrent de l’agitation et du tumulte dont on est entraîné dans le monde ! 
 Soutenez-moi, ô mon Dieu ! et donnez-moi des forces pour y résister quand j’y serai de nouveau engagé. Je ne vous quitte pas que vous ne m’ayez accordé cette grâce : vous voyez, ô Dieu saint, combien elle m’est nécessaire. Je connais ma faiblesse ; mais j’espère en votre bonté.

*

 C’est de l’intérieur que procèdent les véritables vertus, l’humilité, le détachement, la pureté d’intention, la fidélité à la grâce, le pur amour, l’union avec Dieu, tous les biens, en un mot, qui font la richesse, l’ornement et le mérite de l’âme. C’est là que l’Esprit saint fait entendre sa voix, qu’il communique ces vives lumières, qu’il inspire ces grands sentiments qui élèvent à Dieu et introduisent l’âme dans le divin sanctuaire.
 Quelque grandes occupations qu’aient eues les saints, de quelque importantes affaires qu’ils aient été chargés, non seulement jamais ils n’ont négligé la vue de leur intérieur, mais ils ont toujours eu soin de rentrer dans eux-mêmes et de voir ce qui se passait dans leur âme pour en régler tous les mouvements, pour en bannir tout ce qui aurait pu y troubler, y altérer, y affaiblir le règne de Dieu.
 Il faut donc que tout le fondement de notre sainteté soit établi dans cet intérieur, sans quoi il ne pourrait subsister. De là vient que bien peu d’âmes parviennent à la perfection, parce que toutes livrées, toutes dissipées, toutes répandues au dehors, elles négligent cet intérieur qui doit donner l’âme et la vie à tout. Soyons assurés qu’il y aura dans le Ciel bien des âmes qui, étant sur la terre, n’auront pas paru aux yeux des hommes faire de grandes choses, pratiquer de grandes vertus, et qui cependant seront élevées aux premiers rangs dans la gloire, comme tant de saints solitaires, tant de personnes sans talents, tant de saints inconnus au monde.