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Jean BASTAIRE

(1927 - 2013)


Jean Bastaire est né en 1927 à Chamalières, dans le Puy-de-Dôme. Il fait ses débuts à Paris en 1946 comme journaliste cinématographique et se lie d’amitié avec Alain Cuny et Robert Bresson. La maladie le contraint de quitter son activité pendant près de deux ans qu’il passe en sanatorium. 
Marqué par l’hindouisme, son évolution intérieure durant ces longs mois va le mener au christianisme. Il est guidé par l’abbé Lucien Ducretet, mais aussi par les œuvres de Péguy, Mounier et Lubac. Il se marie en 1950. Sa femme, Hélène, qui a été la médiatrice de cette conversion, mourra en 1992.
De 1952 à 1981 il collabore à la revue Esprit et consacre des travaux critiques à la poésie chrétienne de l’âge baroque et surtout l’œuvre de Charles Péguy, à laquelle il consacre une dizaine d’ouvrages.
En 1977 paraît son premier texte littéraire, Court traité d’innocence (Lethielleux). En 1987-1988 sont écrits les Psaumes de la nuit et de l’aurore, puis Passage par l’abîme.
Sous la double signature d’Hélène et Jean Bastaire ont été publiés plusieurs essais montrant l’apport essentiel de la pensée chrétienne à une nouvelle écologie : Le chant des créatures (Cerf, 1996), Le salut de la Création (DDB, 1996), Chiens du Seigneur (Cerf, 2001), Lettre à François d’Assise (Parole et Silence, 2001).
Un portrait de sa femme Hélène a paru sous le titre La gloire de Sophie (Salvator, 2000).
Jean Bastaire est mort le 24 août 2013 à Meylan.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Psaumes de la nuit et de l’aurore

Passage par l’abîme

Noces vives

Pâque de l’univers

REVUE DE PRESSE

Jean Bastaire
La Vie spirituelle (12/01/2002), par Gérard Pfister

 Quand meurt l’être aimé, les mots semblent soudain sans portée. Ce qui faisait le sens de notre vie a disparu, et les mots qui nous restent, de ce côté du monde, ne s’appliquent à rien d’autre que cette absence.
 Et pourtant comment se taire devant cette place vide où nous étions habitués à le voir ? Comment accepter de laisser se perdre dans le silence ce qui nous est si précieux ? Si les mots ont une puissance, n’est-ce justement pour évoquer ce qui n’est pas, ce qui n’est plus ? Les choses se suffisent bien par elles-mêmes. Elles n’ont besoin que de notre regard, notre caresse. Mais ce que l’on ne peut voir ni toucher ni comprendre, les mots ne sont-ils pas là pour le susciter ? Pour l’aider à vivre parmi nous, quand nos sens sont défaillants, notre intelligence elle-même réduite à néant.
 Oui, les mots ont ce pouvoir magique d’accéder à une réalité que le corps ni la raison ne savent percevoir, et de nous rendre comme autrement sensible sa présence. Et si nous écrivons, ce n’est pour rien d’autre que nous exercer un peu à cette pauvre magie. Essayer de sortir, ne serait-ce qu’un instant, du cercle de finitude où nous vivons emprisonnés et nous rendre présents à ce qui fut et qui sera.
 L’écriture, comme la peinture ou la musique – comme tout art –, à quoi servirait-elle si ce n’est, selon la parole mystérieuse de Nerval, à « percer les portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible »  ? Tout art est, d’une certaine façon, funéraire, et le même artiste qui exalte la beauté du vivant dresse en même temps le monument de l’autre qu’il sera dans l’au-delà. Comme s’il n’était à ses yeux de véritable frontière entre les deux royaumes et lui était donné de connaître ce que Nerval appelle « l’épanchement du songe dans la vie réelle »  : « Ainsi, écrit le poète d’Aurelia, ce doute éternel de l’immortalité de l’âme qui affecte les meilleurs esprits se trouvait résolu pour moi. Plus de mort, plus de tristesse, plus d’inquiétude. Ceux que j’aimais, parents, amis, me donnaient des signes certains de leur existence éternelle. »
 Je ne connais pas d’autre œuvre comme Noces vives de Jean Bastaire où l’on ait à ce point le sentiment de voir résolu ce « doute éternel sur l’immortalité de l’âme ». Et ce ne sont pas ici les maléfices du rêve qui nous ouvrent toute grande la porte de l’autre séjour, mais l’expérience spirituelle de l’unité. Un autre a franchi bien avant nous ce seuil, qui nous entraîne aujourd’hui à sa suite joyeuse. « Hélène est passée en Dieu il y a neuf ans, écrit Bastaire dans une courte note en tête du livre. Depuis nous ne nous quittons plus. » Bastaire dit cela simplement, comme une évidence, avec une pudique ironie : « Aujourd’hui nulle porte / n’entrave la lumière / ses dons inépuisables / nous gorgent de clarté //Nous lui sommes dociles / nous mendions sa caresse / il n’est plus de tendresse /qui n’en soit couronnée ».
 À présent c’est une intimité quotidienne, mais d’un autre ordre, nous rappelant à cet ordre différent où se passe également notre vie : « Parfois je vois se dessiner / ton sourire sur mes lèvres / comme en un miroir glisser / ta tendresse dans mes yeux ». Pas de langueur ni de mélancolie, mais la paisible lumière d’une certitude : « Le vent tourmente les pommiers / les fruits échouent dans le verger (…) mais la récolte est lumineuse / sur l’autre flanc de l’univers ».  Nous sommes loin, ici, des poèmes de consolation à la Malherbe (« Ta douleur, Des Périers, sera donc éternelle… ») : c’est d’un hymne de retrouvailles, d’un véritable chant d’action de grâces qu’il s’agit : « Tout s’épanouit dans la victoire / qui fait trembler les peupliers / tu me la donnes les yeux baissés / je frémis à la recevoir ». Brûlantes d’une ferveur toute franciscaine, ces Noces vives nous parlent de l’essentiel : le lien profond qui nous unit à ceux que nous aimons, et comment il se fait qu’il ne meure pas et qu’eux non plus ils ne meurent pas.

Passage par l’abîme
Terre du ciel (03/01/1999), par Jacqueline Kelen

 "Le bonheur réjouit le coeur de Dieu, le malheur le dévaste". Ainsi commence ce précieux recueil au titre sans équivoque. Mais le bonheur, la joie, la louange et la reconnaissance ne sont guère au début du chemin, ils se gagnent peu à peu ou s’offrent sans effort, presque à notre insu.
 Pour aller à la confiance, à l’ouverture à l’autre, à la nouvelle naissance, force est de passer par l’épreuve, la perte, la douleur sans nom, l’agonie. Force est de passer, parce que c’est une force, justement. Et jean Bastaire nous le rappelle : "Le problème n’est pas de ces¬ser de souffrir, mais de continuer à grandir". Ou encore : "Chacun a sa plaie pour que chacun ait sa gloire".
 Ce n’est pas un livre triste mais un livre de traversée et qui traverse. Les éclairs sont nombreux, ainsi que les petits cailloux blancs : "Quand on a tout perdu, on sait que tout était donné. On est libre." "S’oublier pour être enfin présent". "Un regard qui n’espère plus, qui n’attend plus rien de merveilleux, est un regard qui tue".
 Auteur de nombreux essais, études (en particulier sur Charles Péguy) et poèmes, Jean Bastaire livre ici avec simplicité et pudeur le "désastre intime" que fut la dépression qui l’affligea il y a une dizaine d’années, terrible passage à vide qui prépare "le grand jour de Pâques", dont il témoigne ici.

Noces vives
Feu et Lumière (01/01/2004), par Bernard Perroy

 « Hélène est passée en Dieu, il y a neuf ans. Depuis nous ne nous quittons plus. Aucune distance, aucune ombre, aucune absence. Une communion sans faille. D’où cette action de grâce. » C’est sur cette phrase que s’ouvre le nouveau livre de jean Bastaire. On sait que nombre des livres qu’il a publiés ces dernières années sont signés de « Hélène et jean Bastaire », bien qu’ils aient été rédigés par lui seul.
 Ces poèmes témoignent autrement de la présence de sa femme par-delà la mort : « On me dit que tu es morte /je me ris de cette affirmation / bien sûr que tu es morte et que m’importe / ta vie n’est pas touchée par le néant ». 
 
Une joie merveilleuse les habite, un sentiment de certitude et de lumière que les mots parviennent à communiquer avec une rare efficacité. Un témoignage puissant de l’espérance chrétienne !

Psaumes de la nuit et de l’aurore
Etudes (12/01/1997), par Claude-Henry du Bord

 On ne peut réduire Bastaire à n’être qu’un spécialiste connu de Péguy. A plus d’un titre, l’itinéraire spirituel de ce poète est comparable à celui de l’auteur d’Eve : invasion mystique et engagement chrétien au coeur de la cité... L’aube, c’est le Christ, bien sûr, et pénétrer cette lumière-là sup¬pose un retournement, une conversion. Né dans un milieu anticlérical, Bastaire poursuit « une double quête de libération personnelle et collective », à l’exemple de Romain Rolland ; sa recherche est éclairée par les écrits de Charles de Foucauld, Thérèse de Lisieux... et l’amour pour sa future femme. Il découvre, le Dieu de Péguy, « absolu de limpidité »[...] pure naissance, pure jouvence ». L’amour humain s’éclaire en même temps que l’amour chrétien (divin, dirai-je) : celui de la beauté où chaque pas d’émancipe à jamais. L’art religieux, Mauriac, Claudel (qui incarne cette communion jaillissante entre l’art et le sacré), Mounier, Lubac sont bornes lumineuses : sur le chemin de l’apprenti, Il affirme sa gratitude pour la « voie royale des jésuites », ces ouvreurs d’âmes... (...)
 Le deuil vient cruellement frapper à la porte tranquille. Cette croix, Bastaire la voudra pascale, annonce, signe. Mais l’ombre gagne, un mur clôt l’enceinte où la paix vacille. Traversée d’une « aridité parfaite » : « Je manquais de moi dans un deuil abyssal », écrit-il au seuil de ses Psaumes. Seul un cri dénouera cette agonie. Un échange simple et doux avec le Dieu d’Amour total vient l’extraire de cette fosse. Bastaire note cette conversation/prière d’une intimité telle, qu’elle touche une limite de la poésie devenue questionnement et action de grâces : « Comment me donnerai-je si ne me possède pas ? – La possession te trompe. / Tu te dévores toi-même / Donne-toi au don et tu resplendiras » ; « Du fond de mon tourment / je m’en remets à Toi – Ton oui !’offre / la clé de la souffrance »  : un oui semblable à celui de Thérèse Martin, un oui de petitesse voulue. Le lecteur craint parfois de déranger cette prière ; ce serait oublier que nous prions et que l’angoisse qui se donne à Dieu participe à l’offrande de toutes les créatures. Bastaire donne ici une leçon de lumière que les ténèbres ponctuent...

Méditations sur le devenir de la planète
Les Affiches-Moniteur (02/05/2010), par Christine Muller

 Après une carrière dans le journalisme cinématographique, Jean Bastaire, né en 1927 dans le Puy-de-Dôme, collabore pendant près de trente ans avec la revue Esprit et rédige parallèlement plusieurs ouvrages sur l’œuvre de Charles Péguy. Passionné d’écologie chrétienne, il consacre avec son épouse Hélène (décédée en 1992) plusieurs ouvrages au thème du christianisme engagé dans la sauvegarde de la planète.
 Pâque de l’univers
résume en une trentaine d’aphorismes une méditation que l’on pourrait qualifier « d’active ». À quoi bon « un univers vain, une création qui ne servirait à rien, telle une bévue géante qu ’il s’agirait de résorber en s’excusant d’y avoir cru ? ».
 Les textes sont courts et rassemblés autour de thèmes chers à l’auteur, l’éradication du mal et de la mort, la présence du divin dans l’univers ou la nécessité de protéger le monde d’une déprédation accélérée. Nous devons « ici-bas préparer le ciel comme on dispose un sol au printemps afin d’y faire germer le grain » car « Toute œuvre bonne prend date sans retard dans l’éternité ».
 Pour Jean Bastaire, il existe une réciprocité entre le ciel et la terre. Le mal que nous faisons à l’univers se répercute au ciel : « Rien ne peut effacer la trace que notre existence a marquée sur l’éternel, l’empreinte que la terre a imprimée sur le ciel ».
 De son côté, le cardinal Barbarin, admirateur de l’œuvre de Jean Bastaire estime qu’à travers ses publications, il « aide la conscience chrétienne à se réveiller sur la question de la création ». Si le salut de l’âme est au cœur de la foi chrétienne, pourquoi ne pas songer aussi à celui du monde dans lequel nous vivons ? Jean Bastaire creuse à sa manière un sillon dans ce sens.

Pâque de l’univers
Vivante union (01/01/2010), par Sr Marie-Claire Van der Elst

 Journaliste de formation spécialisé dans le cinéma, écologiste dans l’âme et grand admirateur de Charles Péguy, l’auteur est venu au christianisme en passant par l’hindouisme. C’est dire les multiples facettes de sa personnalité qui se découvrent dans le présent volume composé de trente-quatre courts poèmes en prose, chacun prolongé par une méditation.
 Citons, pour donner un aperçu, ces lignes sur le Corps du Christ : « Ainsi notre terre misérable, vue par des yeux qu’une taie voile, n’atteste pas encore la plénitude du Christ ressuscité./ Elle témoigne de son Corps de souffrance et de mort, gémissant dans l’attente d’offrir au Père, à la fin des temps, son Corps de gloire. »
 On ne peut que recommander cette lecture bienfaisante.

Pâque de l’univers
Bulletin des letttres (03/01/2010), par Bernard Plessy

 Si la foi chrétienne proclame dans son credo la résurrection de la chair, il faut être cohérent : ce ne sont pas les seules âmes qui peupleront la Jérusalem céleste, mais la création tout entière, aujourd’hui lourdement victime de la chute, qui retrouvera son état premier. Cela, tous les textes des deux Testaments le disent, quand ils sont bien lus.
 Par quelle surprenante dérive ne l’a-t-on pas seulement oublié, mdis encore pense-t-on le contraire ? Le corps est une prison dont il faut s’affranchir ; cette terre est une vallée de larmes où nous sommes en exil etc. Jean Bastaire, dans un combat beaucoup plus large, s’en prend à cette hérésie particulière. Ses travaux sur saint François et l’esprit franciscain, son récent Christ vert, tous présentés dans le Bulletin, travaillent à ramener une saine doctrine.
 Ce recueil aussi, par le biais de l’écriture poétique. On ouvre, on lit, on est retenu par le titre des poèmes en prose, par la densité des versets, par l’alliance qu’ils opèrent entre le visible et l’invisible, mais on reste sur le seuil. Il faut lire la postface (et même, à mon sens, avant les poèmes), et tout s’éclaire, et l’on peut revenir aux poèmes : ils deviennent ce qu’ils sont, élévations, contemplations, baignés dans la lumière pascale.

Entre écologie et religion
Critiques Libres (03/05/2010), par Sahkti

 « Inverser la perspective. Depuis que l’homme a dû à apprendre à mourir sous l’effet de la Chute, il a l’habitude de gémir sur la nécessité de quitter un monde qui le laisse disparaître. Pourquoi ne prête-t-il pas aussi l’oreille à la douleur que le monde éprouve d’être abandonné par l’homme au néant ? » (page 79).
 Face à l’inéluctable, que peut-on, que doit-on faire ? Briser le silence, répondre à l’urgence immédiate. On ne peut renvoyer son salut à plus tard, alors autant l’affronter et le transformer en acte créateur.
 Pourtant, depuis longtemps, encore et toujours, la volonté est celle de l’occultation, du silence et d’un besoin d’atténuer au maximum la perception de la chair afin de se rapprocher davantage du ciel. Or cette chair ressuscite. L’Évangile l’affirme, le corps du Christ a repris vie, donnant à la chair non plus une notion d’effacement mais de libération.
 L’homme peut-il à son tour accéder à cette ascension ? Celle-ci devient dès lors création et là se dessine l’alliance entre Dieu et l’homme, entre la main qui façonne et celle qui reçoit.
Alors pourquoi face à cette résurrection universelle, y a-t-il tant d’hésitation ? Pourquoi douter et repousser toute vision charnelle, alors que quelque part, c’est tout de même affirmer que la mort n’a pas le dernier mot.
  « Le ciel et la terre figurent l’éternel et le temps, leur position réciproque. Il faut voir l’image dans les deux sens » (page 13).
 Jean Bastaire délivre dans ce recueil un formidable message de grâce et d’espoir dans lequel il invite l’homme à s’investir, à respecter cette terre qui est faite sienne mais à l’utiliser de manière harmonieuse, écologique pourrait-on dire. Nous faisons partie de cet écrin qui nous accueille, nous sommes de passage et nous devons mener la réflexion qui s’impose.
 Si le laps de temps qui nous est offert est par essence temporaire, de durée variable assez courte sur l’échelle du temps, c’est que cela a un but, une finalité que nous devons trouver et exercer du mieux que nous le pouvons. L’alliance entre l’homme et la nature, sans doute est-ce vers cela que nous devons nous diriger, vers une parfaite harmonie entre ce monde que nous torturons en pensant avant tout et essentiellement à nous, oubliant qui nous abrite et pourquoi nous sommes là.
 Les lignes de Jean Bastaire sont superbes ; elles inspirent un recueillement qui ouvre de multiples portes sur notre conception de nous-même, de notre terre et de notre futur.
  « L’homme est ministre de l’univers remis entre ses mains. Il a charge de le gérer afin que l’univers engendre le fruit dont il est porteur pour l’éternité des siècles » (page 38).

Pâque de l’univers
La Lettre de Ligugé (04/01/2010), par Lucien-Jean Bord

 Un chant poétique en prose à la gloire de la création – et de son Créateur – qui nous rappelle à chaque ligne que nous ne sommes pas fils de nos œuvres mais bien créatures dans un univers dont l’auteur n’est pas une quelconque entité indifférente.
 Le surgissement pascal dans l’histoire des hommes est celui d’une éternité non pas uniquement dans le temporel mais se révélant à celui-ci en l’englobant, en lui donnant son véritable sens.
 Par ses méditations dans ce volume, Jean Bastaire nous aide à prendre mieux conscience de notre véritable dimension et de celle de ce créé qui est notre demeure.

La création pour quoi faire ?
Le blog de la Procure (04/12/2010), par Patrick Kéchichian

Et si l’on convenait que la foi est un double mouvement, d’expansion et de concentration, d’inspiration autant que d’expiration, de souffle donné et repris (lisez à ce propos le beau livre récent de Jean-Louis Chrétien, Pour perdre et reprendre haleine, Bayard, 2009), que son lieu est partout, dans le cœur aussi bien que dans l’univers ? Un pas encore, et l’on admettrait sans beaucoup d’effort que ce mouvement, en réalité, est unique et que le cœur de l’homme et celui du monde sont intimement solidaires. Et que d’ailleurs la Révélation ne dit rien d’autre. Que le grand récit de la Création et celui de l’Incarnation du Verbe se suivent et se ressemblent.

Généralement, ces questions sont laissées aux spécialistes, et le néophyte – l’auteur de ces lignes en est un – ne s’aventure pas dans de tels territoires de pensée. Mais c’est précisément là qu’intervient un jeune homme de 83 ans, Jean Bastaire, pour nous débarrasser de toute timidité. Pour secouer notre égoïste quiétude, sans pour autant nous attirer vers de suspects vertiges. Depuis une vingtaine d’années, ce fils de l’École républicaine, grand spécialiste de Charles Péguy, poète et penseur qui a définitivement réconcilié intelligence et générosité, foi et énergie vitale, se bat Pour une écologie chrétienne – un de ses livres porte ce titre (Cerf, 2004).

À l’écoute des Saintes Écritures, de Teilhard de Chardin et de Claudel, mais aussi de toute la tradition, des Pères de l’Église à saint François d’Assise, il démontre inlassablement que la Terre n’est pas l’espace de notre exil ou de notre relégation mais le royaume, la maison que Dieu nous a confiée. Loin de tout panthéisme, il nous invite à considérer qu’« aucune opposition n’existe entre la matière et l’Esprit, pas plus qu’entre l’argile et le potier ». Pour avoir un sens, le salut doit aussi être celui de toute la Création, et « tenir ensemble les deux bouts du mystère de l’Incarnation ». Comme le Christ réunit « les deux natures, terrestre et céleste, humaine et divine ».

Les deux livres que Jean Bastaire publie aujourd’hui prennent place parmi la dizaine d’ouvrages – essais et anthologies – qui figurent déjà dans le chapitre « écologie » de sa riche bibliographie. Le premier, La Création, pour quoi faire ? est une réponse à la dangereuse naïveté des courants créationnistes. Mais plus qu’une thèse ou une démonstration, c’est une méditation haute et large, informée et chaleureuse, que nous propose l’auteur.

Pâque de l’univers est un livre plus intime et mystique, mais qui regarde vers le même horizon. Citons ces quelques phrases : « Le salut n’est pas de s’évader du temps, mais de l’assainir. Le temps malade est guéri par l’éternité. (…) Le mal obstrue cet élan. L’éternité est étouffée dans un temps qui ne respire plus à son rythme initial et finit par expirer sur les lèvres du créé… » Ou celles-ci : « Innocente de la faute humaine, la création entière est crucifiée avec les hommes. Le Christ ne laisse rien hors du pouvoir de sa vulnérabilité… »

Certains livres nous donnent des forces neuves, une énergie dont nous nous ignorions capables. Ainsi ceux de Jean Bastaire.

Pâque de l’univers
Prier au quotidien (04/01/2010), par J.-C. N.

  « Quel que soit le moment, ces jaillissements soudain perçus ne sont-ils pas un avant-goût de leur perception dans le ciel ? Ne donnent-ils pas à voir le visage glorieux des choses que la contingence vouait ici-bas. »
 Ces quelques lignes donnent le ton du dernier recueil de Jean Bastaire. Sa prose poétique croise les interrogations de toujours. Quel visage prendra la Résurrection ? La rédemption s’étendra-t-elle à tout le cosmos ? Comment le présent de nos vies et son futur dans l’au-delà se marient-ils ?
 En réponse, le grand inspirateur de l’écologie chrétienne n’assène rien. Il creuse le mystère de la « Pâque de l’univers » avec patience, en distillant çà et là quelques fulgurances. Tenter de dire l’indicible : un pari impossible que seuls les poètes peuvent relever.

Pâque de l’univers
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (01/01/2011), par Jean-Pierre Jossua

Poésie ? Essai ? C’est un petit grand livre que celui de Jean Bastaire, Pâque de l’univers. Un sobre cahier de méditations, au soir d’une vie consacrée à la signification de l’existence terrestre au regard de l’éternité.

Une méditation théologique, au-delà de toute argumentation, que sa claire écriture transforme en une sorte de poème de la transfiguration du terrestre dans le monde nouveau que Dieu crée et qui ne serait pas humain si ce que Bernanos appelait « notre humble hoirie » n’y avait sa part.

Le sentiment de l’éternité dans l’instant ne nous ment pas : il annonce l’immortalité de celui-ci. L’éternité héritera de ces fruits du temps qui la nourrit. Sur le fondement de l’incarnation du Ciel sur la terre, la terre naîtra au Ciel, ce monde naîtra dans l’autre à sa vraie figure. La résurrection sera un visage dont la Transfiguration est l’avant-goût. Elle n’oubliera aucune part de ce monde : « La plus humble créature recevra même hommage, car toutes sont également chéries par l’éternité. » Ainsi notre gratitude envers la terre qui meurt et disparaît et les visages qui s’effacent peut-elle être sans regret ni nostalgie : espérance seulement.

« Tout existe pour que tout vive dans le silence d’un hosanna au-delà de toute musique audible, et nous ne nous sommes pas trompés en croyant en­tendre ici-bas leur poignante requête et leur muette louange. » Tout cela a un sens. Seuls le mal et la mort n’entrent pas dans ce Ciel. J’en suis p. 32 de ma lecture. Je laisse aux lecteurs de découvrir la seconde moitié qui poursuit l’approfondissement, en particulier dans un sens christologique.

La postface en prose n’est pas critiquable, pas non plus indispensable. En somme, il n’y a pas de meilleur commentaire de Rm 8, 19-22 que ce livre, si l’on donne à pasa e ktisis le sens de l’univers matériel dans son ensemble, non seulement les créatures humaines mais aussi « toutes les créatures graciées [...], ciels, bêtes et arbres » qui ont su nous introduire à un pressentiment du Royaume.

Pâque de l’univers
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (04/01/2011), par Jean-Pierre Jossua

 Poésie ? Essai ? C’est un petit grand livre que celui de Jean Bastaire, Pâque de l’univers. Un sobre cahier de méditations, au soir d’une vie consacrée à la signification de l’existence terrestre au regard de l’éternité.
 Une méditation théologique, au-delà de toute argumentation, que sa claire écriture transforme en une sorte de poème de la transfiguration du terrestre dans le monde nouveau que Dieu crée et qui ne serait pas humain si ce que Bernanos appelait « notre humble hoirie » n’y avait sa part. Le sentiment de l’éternité dans l’instant ne nous ment pas : il annonce l’immortalité de celui-ci. L’éternité héritera de ces fruits du temps qui la nourrit. Sur le fondement de l’incarnation du Ciel sur la terre, la terre naîtra au Ciel, ce monde naîtra dans l’autre à sa vraie figure.
 La résurrection sera un visage dont la Transfiguration est l’avant-goût. Elle n’oubliera aucune part de ce monde : « La plus humble créature recevra même hommage, car toutes sont également chéries par l’éternité. » Ainsi notre gratitude envers la terre qui meurt et disparaît et les visages qui s’effacent peut-elle être sans regret ni nostalgie : espérance seulement. « Tout existe pour que tout vive dans le silence d’un hosanna au-delà de toute musique audible, et nous ne nous sommes pas trompés en croyant entendre ici-bas leur poignante requête et leur muette louange. » Tout cela a un sens. Seuls le mal et la mort n’entrent pas dans ce Ciel.
 J’en suis p. 32 de ma lecture. Je laisse aux lecteurs de découvrir la seconde moitié qui poursuit l’approfondissement, en particulier dans un sens christologique. La postface en prose n’est pas critiquable, pas non plus indispensable. En somme, il n’y a pas de meilleur commentaire de Rm 8, 19-22 que ce livre, si l’on donne à pasa e ktisis le sens de l’univers matériel dans son ensemble, non seulement les créatures humaines mais aussi « toutes les créatures graciées […], ciels, bêtes et arbres » qui ont su nous introduire à un pressentiment du royaume.

PETITE ANTHOLOGIE

Passage par l’abîme
(extraits)

 La pire tentation est de désespérer du bonheur. Dieu, c’est le bonheur fou. La vertu de Dieu, c’est la joie invincible, présente jusque dans l’absence.

 Un bonheur fini ne passe pas. Il devient éternel. La mort le fait entrer dans la lumière sans déclin.

 Quand meurt une personne aimée, c’est comme si se brisait un miroir qui nous renvoyait le soleil.

 Pour qui tient bon à l’Amour, la mort n’est pas à craindre. Elle accomplit les promesses.

 Quand quelqu’un meurt, une touffe de primevères sort du tapis de feuilles sèches, au soleil.

 L’esprit d’enfance, c’est la chair d’enfance baptisée par la souffrance. Ainsi s’accomplit la nouvelle naissance.

 Le regard dee l’enfant ignore le mal, le regard du saint consume le péché.

 Un regard qui n’espère plus, qui n’attend plus rien de merveilleux, est un regard qui nie.


Noces vives
(extraits)

Nous perdons tout à chaque instant
le vent tourmente les pommiers
les fruits échouent dans le verger
et nous pleurons leur chair flétrie

Mais la récolte est lumineuse
sur l’autre flanc de l’univers
là-bas les pommes sont juteuses
odorants sont les corps broyés

Une illusion nous décompose
tout est pourri tout semble vain
alors qu’accueilli au matin
tout entre dans la gloire des noces

Tout s’épanouit dans la victoire
qui fait trembler les peupliers
tu me la donnes les yeux baissés
je frémis à la recevoir

*

Seul dans l’absence
peuvent naître certains mots
sinon ils grifferaient
le silence

Ils toucheraient indécents
le regard pudique
ils le forceraient
à se cacher

Ils feraient double emploi
avec l’échange
de sentiments paniques
informulés

La résonance du vide
les pousse à s’exprimer
dans une consumante
charité