• Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Biographie Bibliographie Liens Revue de Presse Petite Anthologie

Silvia BARON SUPERVIELLE

(1934)


Silvia Baron Supervielle est née en 1934 à Buenos Aires, Argentine, où elle a commencé à écrire des poèmes et des nouvelles en espagnol, sa langue maternelle.
En 1961, elle arrive en France et prolonge son séjour à Paris. Après quelques années de silence, elle reprend ses écrits directement en français. Elle aime à se définir comme un écrivain du Río de la Plata dont l’écriture s’est harmonisée avec la langue française.
En 1970, Maurice Nadeau publie une série de ses poèmes dans la revue qu’il dirige, Les Lettres Nouvelles. La Distance de sable paraît en 1983 aux éditions Granit. Puis elle publie plusieurs livres de poésie et de prose aux éditions José Corti.
La Ligne et l’Ombre paraît aux éditions du Seuil en 1999, et en 2002 Le Pays de l’écriture chez ce même éditeur. Parallèlement, elle traduit en français des écrivains argentins tels que Borges, Silvina Ocampo, Macedonio Fernández, Alejandra Pizarnik, Roberto Juarroz, Angel Bonomini etc., et traduit en espagnol la poésie et le théâtre de Marguerite Yourcenar.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Après le pas

Cantiques du chemin

Essais pour un espace

Pages de voyage

Autour du vide

Sur le fleuve

REVUE DE PRESSE

Essais pour un espace
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (06/01/2002), par Jean-Pierre Jossua

 C’est un étonnant petit recueil poétique, très unifié, que celui de Silvia Baron Supervielle : une soixantaine de poèmes très brefs (4-6 vers), de mètre court, avec quelques autres un peu plus longs, filant une même métaphore, celle de l’architecture.
 La construction de l’édifice est la figure de celle de la langue et peut-être de celle de l’intériorité. Elle le peut moyennant un appui fondamental : le vide et surtout l’ouvert, indispensables à la création du monument ou de la poésie. Il y a là une expérience et une réflexion, vives et fortement exprimées, de l’ouverture à un espace, s’apparentant à d’autres recherches spirituelles et notamment à celle qui se passe dans la foi.
 On peut ajouter quelques réserves : l’ensemble est un peu didactique, un peu froid ; la langue est un peu neutre ; le « pour un espace » reste une postulation (essentielle) sans que l’on pressente vraiment sa beauté. Mais on est heureux de lire, de relire, de garder ce recueil. Et l’on attend la suite.

Après le pas
Mensuel littéraire et poétique (06/01/1997), par Gaspard Hons

 Je découvre Silvia Baron-Supervielle, ses poèmes gravés à la pointe sèche, ses incisions brèves, précises et fulgurantes, ses déclinaisons tantôt convulsives, tantôt d’une étrange logique. Ses poèmes, des tentatives de levées d’amnésie, de travail d’historisation intime tentant de dégager quelque trace en voie d’effacement, ou le contour d’une ombre défaillante, ou la racine primordiale permettant au devenir de redevenir, quoiqu’il arrive. Wo es war, sol ich werden.
 à l’aide de la plume
 du crayon et des ratures
 qui éraflent les copies
 grâce à l’encre trempée
 d’océan et de distance
 avec les feux oubliés
 dans la mémoire secrète
 et le souffle qui ramène
 mon regard et mes pas
 dans la poudre disparus
 je soulève une trace
 effacée vivante

 Les poèmes de Silvia Baron-Supervielle frappent sec, tranchent au plus vif, dans l’être, sa chair, ses affects ; ils franchissent allègrement ce qu’ils mettent en jeu, en scène, à jour, comme si ce qui émerge, n’est promis qu’à être, à nouveau, immergé,
 tel que le seau
 agile plein
 remonte le puits
 et tombe dans
 sa charge quand
 il émerge

 Recomposant son puzzle intérieur, Silvia Baron Supervielle l’embrouille de sitôt. Se faire, se défaire. Recommencer sans cesse à recomposer le cercle sectionné.
 La cinquantaine de poèmes de ce recueil sont autant de tentatives de décryptage d’une image de laquelle il est impossible de sortir : même à moi revenue je reste partie.
 Un pas en plus et je suis dehors ! A quoi répond Silvia Baron-Supervielle, un pas et je suis hors de moi. Je me quitte pour me retrouver.
 Après le pas, il nous reste à prendre place à la table allumée, que nous ne quitterons pas de sitôt.

Pages de voyage
Cahiers Critiques de Poésie (02/01/2005), par Christian Arthaud

 L’économie des mots, voire une certaine rétention, manifeste souvent chez un poète la volonté de faire silence autour des vocables élus pour dire plus qu’ils ne sont, la poésie se devant de calmer le jeu d’un langage malmené par les usages et par les usinages de toutes sortes.
 Mais dans ce recueil bien mystérieusement construit (à lectures verticales ou horizontales, croisées, se chevauchant sur une page devenue dessin, carte, plan) et cadencé (le mot, sectionné ou non, fait rupture avec celui qui le précède et celui qui le suit, parfois non), on ne saurait dire si une histoire défile, ou bien mille, et si l’immersion se saisit d’un seul instant ou nous plonge dans l’émiettement indéfini du temps.
 La lecture doit reprendre au début, en revenir à l’essentiel : concentration, distillation, épuration. Il s’agit d’un événement, ou plus probablement d’un après, juste après la retombée de la tension : qu’est-ce qui dure quand tout s’est arrêté ? Que perçoivent nos sens ? Comment ?

Autour du vide
Exigence Littérature (10/04/2008), par Françoise Urban-Menninger

 Née à Buenos Aires, l’écrivain a commencé à écrire des nouvelles en espagnol, sa langue maternelle. Arrivée en France en 1961, elle prolonge son séjour à Paris et reprend ses écrits directement en français. Traductrice, auteur de nouvelles, de poèmes et d’essais, l’auteur a publié aux Éditions Granit, chez José Corti et aux Éditions du Seuil.
 Dans ce nouveau recueil intitulé Autour du vide, Silvia Baron Supervielle écrit avec l’âme d’un funambule : « J’écris encore / avec la corde / du corps / sur l’abîme / comme avant / de lâcher le vide ». Paradoxalement, le vide l’habite et la contraint à extraire du fond d’elle-même sa quintessence. Mais le vide appelle le vide et l’écriture est cette corde qui se tend entre soi et soi.
 « La flèche de la pensée », dont parlait Paul Klée, transcende tous les vides sans que jamais l’on puisse se départir de soi. L’écriture est une quête sans réponse. Elle est tout entière dans cette quête d’elle-même qui n’est autre que l’expérience du vide. Voilà pourquoi, les poèmes brefs de Silvia Baron Supervielle sont autant de coups de griffes infligés au silence qui nous enserre : « jusqu’à ce que / l’aube / reste dans / le noir ».
 À la lecture de ces poèmes qui dansent autour du vide, un vertige saisit le lecteur. Vertige dans lequel l’âme nue trouve son écho. Car étrangement le vide se nourrit du vide pour l’engendrer. Le vide est à la fois cette question et cette réponse qui libère l’esprit dans un espace de plénitude recouvrée : « je peux partir / ma quête s’est achevée / mes lèvres / connaissent / le nom ».
 L’écriture, née du vide, accomplit le miracle absolu de nous rendre ce vide nécessaire, voire essentiel.
 Silvia Baron Supervielle propage en nous « le cri convoité » qui réveille notre vide intérieur, « ce mal de l’espace » où se joue le tragique humain de notre existence. Nous existons dans l’écriture et dans cette lecture de nous-mêmes où même la mort couronne notre vide désespéré de sa lumière apaisée.

Autour du vide
Poésie Première (11/01/2009), par Nelly Carnet

Sept ensembles, dont le thème principal est celui que porte le titre même, nous renvoient aux vides/blancs inscrits dans le demi-cercle peint par Geneviève Asse en première de couverture. Le recueil est lapidaire, il est composé de quelques signes verticaux qui semblent fragmenter la composition avec de nouveaux vides/pleins. Les images tentent de traduire ce vide en tournant autour de lui et en faisant appel à l’expression de sa transparente pensée à travers la matière même qu’en donne le cristal. Il « enferme / l’invisible » et offre une idée de soi-même.

Ce sont dans des jeux d’apparition et de disparition que l’écrivain rend compte de sa présence fugitive comme un danseur sur une plage ou un funambule sur une corde. Des entités antagonistes et presque minimalistes circulent dans cette langue épurée : la nuit et le jour, la présence et l’absence de l’autre.,.

L’écrivain donne à la langue de l’inaccessible l’image d’un lieu à sa ressemblance. « quand m’arrive la langue », écrit Baron Supervielle, « dont je devine la rive / de l’autre côté de la vie / une étendue magnétique / qui déploie l’immensité / rapproche de mes yeux / la bande étroite du ciel / bruissante sur l’allée / qui mène à la maison / de la mémoire où / je désire mourir ».

D’ailleurs cette langue ne s’éveille que lorsqu’elle se souvient, tournée toujours vers le passé, la mémoire alors ouverte et large. La lisière entre l’imaginaire et la réalité est une ligne de démarcation qui demeure très floue, tout comme la mer n’est jamais très loin non plus en tant qu’incarnation du vide rôdant dans l’espace de l’écriture comme dans celui de la mémoire.

Elle est aussi le lieu de la disparition et du mourir. Les vides s’entrechoquent, vague contre vent, lumière contre infini, ici contre ailleurs, vide contre vide. Tout le vide entoure les minuscules textes déposés sur la page par la vague présence d’un écrivain qui passe et tente de l’appréhender, de l’apprivoiser, d’en faire le tour.

Mettre le vide en mots, autrement dit circonscrire l’impossible, c’est aussi bien le reconnaître en soi que ne pas lui laisser dire le dernier mot. Le vide dans sa béance est une possibilité d’ouverture à tout ce qui n’est pas soi, espace amoureux qui se comble par lui-même.

Autour du vide
CCP Cahier Critique de Poésie (10/01/2009), par Monique Pétillon

  « Je regarde autour de moi avec une langue éblouie qui récupère le pays du vide sans borne », écrit Silvia Baron Supervielle dans les admirables « petites études sur la langue » de L’Alphabet du feu (Gallimard, 2007).
 Depuis que, quittant le Rio de la Plata en 1961 pour les rives de la Seine, elle a choisi d’écrire en français, un dénuement lumineux, à la lisière du silence, s’est imposé dans ses poèmes.
 Comme ses précédents recueils, Autour du vide s’attache à l’expérience intérieure de l’écriture. Une intensité que fait apparaître le tracé « ferme et invisible » des mots dans l’espace de la page. « J’aime, écrit-elle, placer le poème dans le haut du blanc, suspendu dans l’abîme... »
 La composition du recueil, sept séquences de dix brefs poèmes, obéit à une fine architecture que suggère en couverture une œuvre originale de Geneviève Asse. « L’exil est / centre / du cercle / dérobé ».

PETITE ANTHOLOGIE

Essais pour un espace
(extraits)

creuser plus bas
afin d’examiner
le sol

qui portera
chaque gradin
plus haut

*

quelque chose qui enfile
dans le blanc les vides
en hissant transversalement
la tentative de parcourir
l’espace et de s’y fondre
et qui descend à la fois
sur soi comme la cascade
renversée sur les rochers
à l’intérieur des montagnes
quelque chose qui cherche
à enchâsser dans les sons
calligraphiques le silence
sans lettre et sans signe
qui jette son bras hors
de la page prisonnière
puis revient à un geste
dénué de mouvement

*

elle se détourne
afin que nul
ne décèle
l’orientation
fixe de ses
yeux


Pages de voyage
(extraits)

que personne
ne ferme mes
paupières

je veux te
voir déranger
l’éternité

*

au cours de la traversée
la mer articula une langue
hors des registres du son 
et ce fut voir le sillage
se détacher de la cabine
et les périodes de la houle
ouvrir un étrange miroir
sur la surface circonscrite
ce fut commencer à suivre
des inflexions étonnantes
sur le hublot hermétique 
et ni taire ni chanter
mais fendre le rythme 
naturel du courant

*

pas d’initiales
sur la porte

ni de chemins
où frapper

où se perdre
dans la trace
dépeuplée