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Hans Urs von BALTHASAR

(1905 - 1988)

 Hans Urs von Balthasar est né à Lucerne, en Suisse, le 12 août 1905.
 Passionné de musique, il s’oriente cependant vers des études littéraires. Son premier grand livre, Apocalypse de l’âme allemande (1937), donnera « une interprétation chrétienne de la poésie, la philosophie et la théologie depuis Lessing jusqu’à aujourd’hui ».
 En novembre 1929, il entre dans la Compagnie de Jésus. Sous l’influence du Père de Lubac, il s’oriente vers les Pères grecs sur lesquels il publiera de nombreux travaux. Il est envoyé à Munich, puis à Bâle comme aumônier des étudiants. Il y fait la connaissance de Karl Barth, alors professeur à la faculté de théologie de Bâle, mais aussi d’Adrienne von Speyr (1902-1967), avec qui il crée en 1944 la Communauté Saint-Jean. Ce sera là la grande affaire de sa vie mais aussi la raison qui l’amènera en 1950, bien malgré lui, à quitter la Compagnie.
 La parution de son grand œuvre, la Trilogie, s’échelonnera sur tout le reste de sa vie, de 1961 à 1987. En 1984, Jean-Paul II remet à Balthasar le prix Paul VI pour l’ensemble de son œuvre théologique. En mai 1988, Jean-Paul II l’élève à la dignité de cardinal. 
 Balthasar meurt un mois plus tard, le 26 juin 1988.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Grains de blé 1

Grains de blé 2

REVUE DE PRESSE

Grains de blé 2
La Lettre de Ligugé (04/01/2005), par Lucien-Jean Bord

 Ce second volume de l’une des ceuvres les plus personnelles de Balthasar reprend des textes publiés pour la première fois en 1944 puis revus et augmentés dans les éditions de 1953 et 1989.
 Le sous-titre Aphorismes, nous indique bien la nature de ces pages, une suite de notules qui ne constituent jamais une collection aléatoire mais, tout en ayant chacun sa force propre, forment au fil des pages une chaîne où la plus pure tradition chrétienne, puisée dans l’Écriture autant que dans les Pères (Origène) ou les maîtres de la spiritualité (Eckhart, François de Sales, Thérèse de Lisieux) ne cessent d’éclairer la pensée du grand théologien suisse. Rappelons que le premier volume de Grains de blé est paru en 2003 chez le même éditeur.

Grains de blé
La Vie spirituelle (31/12/1999), par Saulius Rumsas

 « De Hans Urs von Balthasar qu’avais-je lu ? » La question de l’éditeur qui ouvre ce recueil d’aphorismes, n’est pas un reproche, mais plutôt une invitation, voire un encouragement. Oui, du courage, on en a besoin ! Aussi fascinant et profond soit-il, Hans Urs von Balthasar n’est pas un auteur facile d’accès.
 Séduit par les beaux titres comme L’amour seul est digne de loi, La vérité est symphonique ou encore La Foi du Christ, le lecteur ne tarde pas d’apercevoir une pensée puissante mais peu ordinaire qui lui échappe souvent et va bien au-delà de ses attentes. Que dire alors des nombreux volumes de sa Trilogie : La Gloire et la Croix, La Dramatique théologique et La Théologique, sans parler de toutes ses études patristiques et littéraires.
 Le présent ouvrage reprend les trois premières parties du recueil Das Weizenkorn (Johannes Verlag, Trèves, 1989) qui traitent du thème de Dieu, de l’homme et du départ. Les trois dernières parties, dont la traduction française est annoncée, parleront du Christ, de l’amour et de la vie.
 Ces aphorismes, personnels ou bien glanés au cours de nombreuses lectures, avaient sûrement de l’importance pour Balthasar. Celui-ci les compila tout au long de sa vie. Ils ne constituent certes ni le résumé de sa pensée ni le sommet littéraire de son oeuvre, ni les spéculations d’un clerc, mais ils sont « comme un journal intime » (p. i8), comme une constellation de quelques figures, dégagées de l’histoire (p. 74), d’où naîtra l’œuvre tout entière de cet homme de bonne volonté qui, comme le rappelle très justement l’éditeur, ne voulut jamais dans sa vie qu’une seule chose : « demeurer sans relâche à la disposition de Dieu ».
 Intéressant et nourrissant, l’ouvrage suscite pourtant quelques agacements chez le lecteur. Pourquoi l’éditeur n’a-t-il pas ajouté une table des matières ? Pourquoi n’a-t-il pas mieux soigné les notes en bas de page ?
 Ces quelques remarques de « cuisine » n’enlèvent rien à la richesse et à la profondeur des textes à méditer qui invitent l’homme à prendre conscience de la grâce abondante. S’ouvrir et demeurer disponible à la recevoir, c’est le chemin de la sainteté désigné par Balthasar.

Grains de blé 2
Nouvelle Revue Théologique (01/01/2009), par J. Burton sj

 Voici le deuxième tome de Das Weizenkorn, publié en allemand en 1944 avec des ajouts de sa réédition de 1953 et de 1989. Les aphorismes de ce recueil, dont les « maximes » ou « miettes philosophiques » d’auteurs spirituels ont comme amorcé le travail intérieur de von Balthasar, se groupent autour de six thèmes : Dieu, l’Homme, le Départ, le Christ, l’Amour, la Vie. On ne résume pas ce genre de littérature souvent paradoxale où le sens jaillit, comme un éclair, de la juxtaposition de deux propositions apparemment contraires, sinon contradictoires.
 Von B. écrit, non sans ironie : « À vingt ans on jura de ne jamais écrire d’aphorismes... Ensuite, il apparut de plus en plus clairement que cette pas-sion concernait au fond le caractère ésotérique de la vérité et que nul mauvais usage ne pouvait priver cette dernière de cette propriété... Le rang et l’élévation font tellement partie de son être qu’ils brillent encore dans ses plus infimes parcelles. La vérité se protège elle-même du sacrilège » (aph. 24). On est donc heureux que l’A. en ait couru le risque. Il ne reste plus qu’à inviter à sa lecture, à sa méditation lente, où notre propre pensée ainsi éveillée prend un peu de hauteur suspendue au dessus de l’abîme, comme l’alouette au soleil qui l’éblouit.
 Une « posture » mystique se dégage de ces entrelacs, de style « objectif » (comme chez Adrienne von Speyr), nettement marqué par son horizon ignatien de louange, respect et service.

PETITE ANTHOLOGIE

Grains de blé
traduit par Frances Georges-Catroux
(extraits)

 Un livre est toujours un dialogue entravé.

 Contrairement à l’opinion habituelle, la jeunesse est plus réfléchie que la vieillesse : elle ne cesse de s’observer. Cela tient à sa vanité, à son manque d’assurance, mais aussi à son désir d’agripper l’instant tout entier.

 Rien ne procure autant de plaisir que de pouvoir dégager du chaos de l’histoire les quatre ou cinq figures qui, ensemble, représentent pour moi la constellation qui définit ma visée et ma mission.

 Le côté excitant du christianisme, indépendamment du mystère qui l’habite, consiste déjà de façon purement extérieure en ce qu’il ne peut jamais, au grand jamais, être placé dans une relation avec le monde qui n’aurait qu’un seul sens. Car, dans ce cas, Dieu serait incorporé à nos cercles et repéré par nos coordonnées comme une figure dans un espace. Cet état de choses engendre le désespoir muet ou exprimé de tous ceux qui sont passionnément attachés au pouvoir et à la domination – que l’on songe au rapport de l’Église et de l’État ! – mais en même temps aussi le plaisir reconnaissant et le sourire joyeux de ceux qui souhaitent voir Dieu triompher en tout.

 Nous sommes toujours comme des gens qui sont transportés dans leur sommeil au-dessus d’un abîme mortellement dangereux. Nous étions déjà perdus, sans espoir d’être sauvés, et si actuellement nous ne sommes pas perdus, ce n’est que par le « hasard » de la grâce... qui peut imaginer cela ?

 Novalis a beau être plein d’ambiguïté lorsqu’il s’exprime ; son image du monde a beau signifier la décomposition de toute figure aux contours précis : plus fort est en lui l’élan de la victoire. Il vit dans ce tournant qu’est le Christ, où le vieux monde, par un miracle absolu, se métamorphose en un monde nouveau.

 Plus un homme devient mûr, plus la catégorie de ce qui est intéressant perd pour lui son intérêt. Ce n’est pas que d’autres choses l’intéressent plus que celles d’autrefois ; c’est la notion tout entière qui disparaît pour lui.

 Seul celui qui sait fermer les yeux sur beaucoup de choses, a une vue d’ensemble.

 L’athéisme est un sel de la religion. Il est la théologie négative établie dans l’absolu. Vu sous l’angle psychologique, il est le plus souvent déception devant l’étroitesse et le fini d’une idée de Dieu, impatience tendue vers ce qui n’a pas de nom.


Grains de blé 2
traduit par Frances Georges-Catroux
(extraits)

 Mieux vaut un amour insensé que pas d’amour du tout : la femme est digne de pardon, le pharisien ne l’est pas, simplement parce qu’il n’a « rien » fait.

 Dostoïevski a tort quand il présente l’amour humain universel comme une illusion de l’égoïsme, qui lui permet d’échapper aux exigences concrètes de l’amour. Mais Nietzsche a tort, lui aussi, quand il oppose à l’exiguïté de l’amour du prochain, l’étendue libératrice de l’amour des gens les plus lointains.

 Nous ne sommes pas priés, mais invités.

 Celui qui aime présuppose que l’amour est dans le cœur de l’autre ; et c’est justement en présupposant l’amour qu’il en pose les fondations chez l’autre, pour autant que c’est bien en aimant qu’il le présuppose au fond.
 
 A notre question inquiète : Est-ce que j’aime Dieu ? l’écriture nous réplique : Aimes-tu ton prochain ? « Qui n’aime pas son frère, qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? »
 
Ainsi une chose est sûre : personne ne peut se tourner vers l’amour de Dieu par déception d’amour humain. Sinon, il tomberait sous le jugement de Péguy : « Parce qu’ils n’aiment rien, ils croient qu’ils aiment Dieu ».
 Mais l’amour humain suffit-il à nous assurer de l’amour de Dieu ? S’il s’agit d’un amour désintéressé, oblatif, alors Dieu n’est pas loin. « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu. » Les deux ne font qu’un ; tout homme qui a commencé à aimer, s’en rendra compte. Tous deux exigent le même effort, la même fidélité difficile, tous deux nous élèvent bien au-dessus de tout rapport évident entre donner et prendre, la même flamme brûle au fond de tout être ; qui l’a perçue, ne peut plus vivre pour rien d’autre.

 « Et il te conduira là où tu ne veux pas aller ».
Seigneur, conduis-moi là-bas : j’aimerais aller là où je ne veux pas.

 S’humilier volontairement contient la plupart du temps quelques grains d’orgueil, mais il ne faut pas y renoncer pour autant, car c’est un chemin qui mène à l’humiliation authentique, involontaire.

 C’est une expérience toujours renouvelée : être incapable ; lutter mais en vain, pour parvenir à Dieu ; puis, lorsqu’on est fatigué, à ce moment précis, dans cette lassitude, dans cet échec, expérimenter qu’Il est venu à nous. La fatigue comme la « brise légère », dans laquelle est Dieu.
 Comment la faiblesse pourrait-elle être un obstacle ?
 Il est facile de vaincre de faibles armées, de renverser de faibles fortifications, à condition qu’elles soient assez avisées pour capituler. Sinon elles seraient de toute façon détruites aussi, mais seulement après avoir été entièrement anéanties à leurs propres dépens. Alors rends-toi !

 Notre vie durant, nous attendons l’être extraordinaire, au lieu de rendre tels les hommes ordinaires qui nous entourent.

 La raison pour laquelle – entre autres – le christianisme est si difficile, c’est que la nature aveugle la conscience et tend à l’automatisme (le noyau de vérité du pragmatisme), tandis que, du point de vue de la Grâce, il semble que ce soit une faute de ne pas être attentif – ne serait-ce qu’un instant – au Verbe divin, qui ne cesse de nous parler et d’une manière toujours nouvelle.

 Veiller est un précepte fondamental des paraboles du Seigneur, à savoir une disponibilité constante à l’inattendu et au « jamais assimilé ».

 En voilà des manières ! Recevoir Dieu quotidiennement non pas au salon, mais dans la cuisine ou dans le couloir de son âme.

 Quand nous ressentons notre impuissance à parvenir à Dieu, il nous est toujours indiqué en même temps dans cette épreuve, le chemin sur lequel, si nous avions le courage et la force de le parcourir, nous devrions trouver Dieu.