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Silvia BARON SUPERVIELLE

Après le pas

Collection Les Cahiers d'Arfuyen n°108, 64 pages, ISBN 2908825538

9,91 €

Dans le domaine de la création contemporaine, les Editions Arfuyen s’attachent à faire découvrir des oeuvres avant tout marquées par l’urgence intérieure et capables par la force de celle-ci d’inventer leur propre forme d’écriture, en dehors des conformismes ambiants.

Le peintre et poète dadaïste Francis Picabia ironisait sur les facilités lyriques et mondaines auxquelles trop souvent succombe l’écriture poétique : par ironie, il a donné ainsi pour titre à l’un de ses principaux recueils : Poésie ron-ron. N’est-ce pas ce ron-ron-là qui a fini par endormir les lecteurs de poésie ? C’est ce ron-ron que souhaite briser Arfuyen en privilégiant une écriture d’exigence et de risque : une écriture de vie.

Le premier grand recueil de Silvia Baron Supervielle, La distance de sable, a paru en 1983 aux Editions Granit, dirigées par François-Xavier Jaujard. La quasi-totalité de son oeuvre postérieure – poèmes et proses – a été éditée par les Editions Corti : Lectures du vent (1988), L’or de l’incertitude (1990), Le Livre du retour (1993), L’eau étrangère (1993). En 1995 a paru chez Corti un récit, La frontière, et un travail inspiré de la Bible, Nouvelles cantates.

Divisé en trois parties, le présent recueil comprend une cinquantaine de poèmes, d’une écriture extrêmement sobre et dépouillée, qui n’est pas sans rappeler l’ascétisme du travail d’un peintre comme Geneviève Asse, son amie de longue date. Notons qu’elle vient d’ailleurs de publier un recueil d’entretiens avec ce peintre sous le titre Un été avec Geneviève Asse (L’Echoppe, 1995).

Ecartelée entre deux langues et deux cultures, Silvia Baron Supervielle conçoit l’écriture comme un art de la distance intérieure : distance par rapport à toute langue, distance par rapport à soi. De cette conscience aiguë d’une radicale étrangeté naît une écriture précise, forte, comme gravée à la pointe sèche. « Sans relâche, écrit-elle, / je dresse / un échafaudage // dont la planche / s’effondre / après le pas. »

En cette fragilité voulue, savamment concertée, en cette quête tendue de ce qui vient « après le pas », réside la grâce particulière qui fait la marque de l’oeuvre de Silvia Baron Supervielle.