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Claude VIGÉE

Apprendre la nuit

Poèmes et proses

Collection Les Cahiers d'Arfuyen
n°70, ISBN 2908825074

12,96 €

« Cinquante ans après la Shoah / l’histoire attend sa nouvelle victime : / n’en finirons-nous pas de vivre et d’endurer ! / Dans l’enfer de son coeur la soif de torturer / à l’homme sans amour, à l’homme sans torah, / tient lieu de paradis. // Habité par son mauvais rêve, / au feu glacé de la colère / il rallume sa foi. / Chaque bourreau se fait grand-prêtre de l’abîme ; / et lorsque tout est dit, / pour Caïn notre frère / – l’enfant préféré d’Eve – / le plaisir de tuer reste l’unique Loi. »

L’oeuvre de Claude Vigée se déploie par tension entre deux grands pôles : le thème de la Shoah est fondateur – et associé à celui de la terre de ses pères, d’Israël – comme l’est aussi le thème de la langue maternelle – associé à celui de la terre d’Alsace. Entre les deux les innombrables pérégrinations et les longs séjours à Paris et aux Etats-Unis. Ainsi s’édifie l’itinéraire d ’un écrivain, comme à son insu.

« En absorbant les mots de mes parents dans l’enfance, écrit Claude Vigée, je me suis appris moi-même. J’ai accepté et reconnu les autres les plus proches, nos voisins, des hommes plus lointains aussi. J’ai recueilli en moi la terre, le vent, l’eau, le ciel, la forêt, la pierre ou la brique des maisons, le pain, les fleurs, les fruits, les animaux. J’ai suscité en les nommant, puis intégré à mon être leur véritable essence, comme elle se révèle à un enfant. Car tout cela, c’est dans les premiers mots qu’on le reçoit en partage.

« Ainsi se structure en chaque personne le visage innombrable mais défini de son propre univers. Une présence du monde s’inscrit au plus intime de soi-même. Au commencement d’une vie, les gens, les choses et les mots prennent une acuité de sens, une intensité de présence, un rayonnement interne extraordinaires. Etres et paroles, tout ce qui est rencontré dans l’enfance brille d’un éclat d’outre-terre. Les rares souvenirs authentiques qui nous en restent gardent une puissance sensorielle inouïe. Comme si de ce temps-là, de ce pays-là nous parvenait encore une radiation semblable à celle de très lointaines étoiles intérieures. »