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Balthasar ÁLVAREZ

(1533 - 1580)


Né en 1533, Balthasar Álvarez fut d’abord attiré par les Chartreux puis se tourna vers la toute jeune Compagnie de Jésus, fondée en 1540. Au noviciat il se lie d’amitié avec le futur saint François Borgia. Frappés de ses dons, ses supérieurs l’envoient poursuivre des études à Burgos, puis à Avila sous la direction des dominicains. Ordonné prêtre en 1558, il est chargé dès 1559 de la direction de Thérèse d’Avila.
 Il a 26 ans, elle en a 44. Les années de cette direction seront déterminantes pour Thérèse. En 1560, Thérèse reçoit la grâce de transverbération ; elle conçoit le projet d’un monastère réformé ; elle écrit son premier poème. En 1562, elle inaugure le carmel d’Avila. Álvarez la guide, la soutient face aux critiques, l’encourage dans ses projets de fondations et l’aide à établir les nouvelles règles.
 En 1574, il est nommé recteur de Salamanque et visiteur de la Province d’Aragon. Sa méthode d’oraison est mise en cause par certains théologiens et il est appelé par ses supérieurs à s’en justifier. Tout en lui demandant de ne plus enseigner que l’oraison ignatienne, le 4° Supérieur Général de la Compagnie, Mercurian, ne cessera de lui manifester sa confiance en le chargeant des missions les plus délicates. Álvarez mourra à Belmonte en 1580.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Sur l’oraison de repos et de silence

REVUE DE PRESSE

Sur l’oraison de repos et de silence
Vivante union (06/01/2010), par Marie-Claire Van der Elst

 Le P. Balthasar Alvarez (1533-1580) était un jeune Jésuite de 26 ans lorsqu’il fut chargé de la direction de la Madre pour laquelle, plus encore qu’un conseiller précieux pendant six ans, il fut toujours un ami et un ardent défenseur face à ses détracteurs.
 Comme le fait remarquer la préface, cette relation exceptionnelle est moins connue que celle avec Jean de la Croix, mais n’en revêt pas moins une grande importance.
 C’est à la demande de ses Supérieurs qui se méfiaient quelques peu de sa méthode qu’il rédigea ses deux Traités pour expliquer comment sa voie d’oraison contemplative s’appuie sur l’Écriture et les plus hautes autorités de l’Église : ils sont ici présentés avec les commentaires du P. Luis de la Puente et précédés d’écrits sur lui de Thérèse d’Avila.

Coup de cœur : Sur l’oraison de repos et de silence
Carmélites de Saint-Joseph (07/01/2010), par Marie-Odile Sticker-Métral

Des coups de cœur j’en ai souvent pour les Carnets spirituels que nous donnent à lire Anne et Gérard Pfister. Ce sont de jolis petits livres de différentes couleurs sur le fond desquels se détachent paysages, édifices ou silhouettes un peu flous, parce que peut-être la couverture enveloppe un joyau spirituel et que la vie spirituelle s’épanouit toujours de nuit.

J’ai aujourd’hui trois raisons supplémentaires d’avoir un coup de cœur pour le petit livre de Balthasar Alvarez. Son propos est l’oraison de repos et de silence et, bien qu’il s’adresse aux jésuites, l’auteur se montre plus carme que les carmes ; peut-être faudrait-il mieux dire : plus carmélite que les carmélites. Les deux traités sont un éloge de l’oraison au Carmel. La préface de Bernard Sesé, l’éminent hispaniste qui a consacré une grande part de son œuvre à Thérèse d’ Avila et à Jean de la Croix, est une superbe forme brève sur Thérèse d’Avila.

Balthasar Alvarez expose sa méthode pour arriver à un genre d’oraison plus élevé que la méditation, préconisée par les exercices de Saint Ignace et en est l’accomplissement. Il s’agit de se prédisposer à la présence divine dans un entretien seul à seul. « Je me place respectueusement devant Dieu dont la présence m’est manifestée intérieurement et extérieurement non en passant mais d’une manière permanente et comme par habitude, et je me réjouis avec lui. » Balthasar Alvarez qui ne cache pas les découragements qu’il a connu pendant quatorze ans, ceux de Thérèse pendant dix huit ans, exprime sa confiance sans réserve dans l’oraison de présence. Cette oraison est l’exercice par excellence du Carmel : trois quart d’heures, deux fois par jour (comme une séance d’analyse), en silence et ensemble.

Les degrés d’oraison, distingués par le franciscain Francisco de Osuna que Thérèse a lu assidument dans sa jeunesse et qu’elle-même et Jean de la Croix ont repris, sont ici laissés à l’oubli. L’orant, ou plutôt l’orante – l’oraison, quelque soit notre sexe, se décline au féminin – en déposant tout devant Dieu, sans s’arrêter aux pensées qui passent ni aux fluctuations des lumières qui traversent sa nuit, rejoint par avance la grâce ultime de l’union à Dieu. Il en goûte mystérieusement la saveur. Pour jouir de Dieu, il suffit de se souvenir que l’humain est la secrète demeure de Dieu, d’y porter sans cesse attention, de s’en réjouir avec Dieu. L’oraison de présence est une voie de paisible espérance pour qui s’y engage avec humilité et obstination.

Bernard Sesé ouvre sa préface en évoquant deux rêves : l’un de Thérèse concerne la sainteté de Balthasar Alvarez après sa mort, l’autre est celui d’une admiratrice de Thérèse, qui, rêvant d’elle morte, lui fait dire : « Je suis fille de la compagnie de Jésus ». Ne nous y trompons pas ! Celle qui a entretenu des liens avec un si grand nombre de directeurs spirituels, choisis notamment parmi ces nouveaux experts en discernement que sont les membres de la Compagnie de Jésus, ne se prend pas pour leur fille ! La compagnie de Jésus dont il est question est le cœur de l’oraison au Carmel.

Un peu comme les mantras de la méditation bouddhiste favorisent l’expérience du vide, toute parole de l’évangile est chemin vers le Rien par excellence en lequel elle s’efface, porte ouverte sur le « je-ne-sais-quoi qu’on trouve d’aventure ». L’oraison de Thérèse est compagnie de Jésus. Avec et par le Verbe, l’orante, l’orant, entre dans l’abîme silencieux de la miséricorde, entraîné par le souffle divin. Si l’on ne craignait de trahir l’ineffable, on pourrait dire que l’oraison donne d’avoir Dieu pour ami. Alors disons que c’est comme si l’oraison donnait Dieu pour ami.

Sur l’oraison de repos et de silence
La Lettre de Ligugé (07/01/2010), par François Cassingena-Trevedy

 Balthasar Alvarez (1533-1580) n’est guère connu de nos jours, et pourtant ce jésuite espagnol, ami de Francesco de Borja, fut à partir de 1559 le directeur spirituel de Thérèse d’Avila.
 Homme de prière, Alvarez développa une méthode d’oraison qu’il exposera en deux courts traités et plusieurs fragments – l’ensemble est ici publié – et l’on sait l’importance que la réformatrice du Carmel accordera à l’oraison de présence à laquelle elle avait été encouragée par son directeur ; n’a-t-elle pas écrit à l’une de ses amies que, « sur les degrés et modes d’oraison, elle l’avait trouvé toujours supérieur à elle, non seulement en théorie, mais encore en pratique. »
 Grâce à ce volume, tous ceux qui s’intéressent à la spiritualité thérésienne pourront mieux en cerner les sources, d’autant plus que les éditeurs ont eu l’heureuse initiative de faire précéder traités et fragments du témoignage de sainte Thérèse sur son confesseur.

Sur l’oraison de repos et de silence
La Lettre de Ligugé (07/01/2010), par François Cassingena-Trévedy

 Balthasar Alvarez (1533-1580) n’est guère connu de nos jours, et pourtant ce jésuite espagnol, ami de Francesco de Borja, fut à partir de 1559 le directeur spirituel de Thérèse d’Avila.
 Homme de prière, Alvarez développa une méthode d’oraison qu’il exposera en deux courts traités et plusieurs fragments — l’ensemble est ici publié – et l’on sait l’importance que la réformatrice du Carmel accordera à Voraison de présence à laquelle elle avait été encouragée par son directeur ; n’a-t-elle pas écrit à l’une de ses amies que, « sur les degrés et modes d’oraison, elle l’avait trouvé toujours supérieur à elle, non seulement en théorie, mais encore en pratique. »
 
Grâce à ce volume, tous ceux qui s’intéressent à la spiritualité thérésienne pourront mieux en cerner les sources, d’autant plus que les éditeurs ont eu l’heureuse initiative de faire précéder traités et fragments du témoignage de sainte Thérèse sur son confesseur.

Sur l’oraison de repos et de silence
Nouvelle revue théologique (01/01/2011), par N. Hausman, scm

 Publiés en français pour la pre­mière fois, ces deux courts traités sur l’oraison de l’un des confesseurs jésuites de Thérèse (celui-là même qui « la mortifiait beaucoup » mais qui fut « le plus utile à son âme », aux dires de la Madre, eux aussi rappor­tés) bénéficient d’une préface qui en présente l’originalité, puis d’intro­ductions et de commentaires du jésuite Luis de La Puente, un autre dirigé célèbre, avant la notice bio­graphique de celui qui se détourna de l’oraison méthodique pour se tourner vers « l’oraison de contem­plation ».
 Enchâssés dans ces parures, les deux traités d’une ving­taine pages se disposent l’un comme le récit d’une évolution, l’autre comme la réponse à sept dif­ficultés qu’occasionné « cette orai­son où l’âme ne médite ni ne rai­sonne » mais, comme Ignace d’ailleurs, goûte les douceurs du repos, « comme un voyageur arrivé au bout du voyage ». A méditer.

Sur l’oraison de repos et de silence
Collectanea Cisterciensia (04/01/2012), par Joseph de Almeida Monteiro

Dans la galerie d’illustres jésuites, le père Àlvarez occupe assurément une place singulière. Ses écrits, présentés par son biographe jésuite, le père Luis de la Puente nous rendent compte d’un épisode décisif dans l’histoire de la Compagnie. Le Père Àlvarez a une vie spirituelle profonde et une connaissance remarquable des voies d’oraison et des principes de direction qu’on peut y trouver. Ce sont elles qui feront de lui le confesseur préféré de Thérèse d’Avila. Il décrit son oraison de « simple présence de Dieu » en tant qu’elle prépare immédiatement la contemplation infuse jusqu`à ses degrés supérieurs.

Dans une période où la Compagnie posait ses propres fondements et s’enracinait dans les Exercices de saint Ignace, le père Àlvarez eut à se justifier par deux fois devant ses supérieurs afin de montrer non seulement les avantages de sa méthode mais aussi sa conformité avec l’esprit de la Compagnie. Il a été obligé pendant un temps d’abandonner cette pratique et de ne pas la proposer à ses disciples. Il s’est soumis à la décision de ses supérieurs, même si cette décision de la part de la Compagnie n’a pas été définitive.

Ces textes du P. Àlvarez nous plongent ainsi au cœur de l’histoire de la Compagnie et de celle de l’histoire religieuse de l’Espagne du XVIe siècle. L’argumentation de cet auteur spirituel est à la fois mesurée et courageuse : « Il est pourtant vrai de dire que cette voie ne convient pas à tous. La voie commune est celle qu’a tracée saint Ignace ; mais la méthode dont je parle doit être embrassée par ceux que Dieu appelle spécialement à le suivre, et par ceux qui se sont longtemps exercés dans la méditation, en prenant l’avis de leurs directeurs » (p. 54).

Mais outre la question de méthode, le P. Àlvarez décrit la saveur ineffable de la rencontre avec Dieu, car « lorsqu’une âme a trouvé Dieu à force de le chercher, que peut-elle faire de mieux que de jouir de sa présence ? » (p. 50). Finalement ces écrits spirituels nous montrent à la fois la difficulté de la transmission de l’expérience spirituelle mystique et la rareté de ce genre de maîtres à toutes les époques.

PETITE ANTHOLOGIE

 J’ai travaillé pendant seize ans comme un laboureur qui se donne toutes sortes de peines pour féconder son champ, sans faire néanmoins aucune récolte. C’était pour moi une peine extrême de me voir destitué des dons et des talents qui avançaient les autres et les rendaient aimables à Dieu.
Je crus d’abord pouvoir surmonter mon incapacité en prolongeant mes oraisons outre mesure ; mais cela ne servant qu’à fatiguer mon esprit et dessécher mon cœur, je reconnus la tentation, et je pris le parti de ne plus donner à cet exercice que le temps prescrit par l’obéissance.
 Cela servit du moins à me guérir de la folle prétention de partager les progrès et les faveurs singulières accordées à ceux de mes frères qui valaient mieux que moi. Je découvris aussi que mes défauts m’humiliaient moins qu’ils ne m’étaient à charge, parce qu’ils me semblaient mettre obstacle aux desseins de Dieu sur moi. J’en éprouvais une profonde douleur ; je m’affligeais aussi des défauts des âmes soumises à ma conduite, et, par suite, il me semblait d’un sage gouvernement d’exiger qu’elles travaillassent avec amertume à leur amendement.
 Pendant quatorze ans je fus dans l’habitude de me présenter devant Dieu comme un pauvre qui demande l’aumône : mais parce que j’étais beaucoup trop occupé de mes intérêts, je passai tout ce temps dans une noire tristesse, me figurant que je ne parviendrais point à la perfection.
 Enfin, je rentrai en moi-même, et n’eus pas de peine à reconnaître ma folie. Il en résulta que, pendant quelques jours, ma confusion devant Dieu fut extrême. La honte m’empêchait de lever les yeux. Je n’osais plus parler, si ce n’est pour le prier de me punir, de me pardonner, de remédier à ma misère.
 Alors, il daigna m’admettre à un genre d’oraison plus élevé, et mes pénitents s’en trouvèrent mieux. Depuis ce moment je sentis mon cœur changé, dilaté, dégagé des créatures, et dans un étonnement que je ne puis mieux comparer qu’à celui des bienheureux, lorsqu’ils diront à Dieu, au jour de ses justices : « En vous voyant, Seigneur, nous voyons tout bien, et nos maux sont guéris. »