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Gabrielle ALTHEN

(1939)

Née à Paris en 1939, Gabrielle Althen (pseudonyme de Colette Astier) a vécu son enfance en Algérie.

Très tôt elle est attirée par la musique, dont elle a une pratique régulière, mais aussi la peinture. De retour en France en 1953, elle entreprend des études de lettres à la Sorbonne.

Nommée en 1968 à l’Université de Rennes, elle poursuit sa carrière à partir de 1970 à l’Université de Nanterre.

Son premier livre paraît en 1976 chez Rougerie sur la recommandation d’Andrée Chédid : Le Cœur solaire, que suivront chez le même éditeur Midi tolère l’ovale de la sève (1978), Présomption de l’éclat (1981), Noria (1983), Hiérarchies (1988).

Elle a également publié des nouvelles et un roman ainsi que des textes critiques.

Parmi les rencontres pour elle fondatrices, celles de Schéhadé, Robbe-Grillet, Guillevic, Tal Coat ou Édouard Pignon. Elle fait en 1974 la connaissance de René Char avec qui s’établit une relation déterminante.

Membre des jurys des prix Mallarmé et Louise Labé, Gabrielle Althen partage son temps entre le Vaucluse et Paris.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Soleil patient

REVUE DE PRESSE

« Soleil patient » de Gabrielle Althen, lu par Michèle Finck (Europe)
Europe (01/04/2016), par Michèle Finck

Soleil patient, peut-être le livre le plus accompli de Gabrielle Althen, est une œuvre initiatique qui repose sur une architecture tripartite. Il y va d’un livre-destin à vocation heuristique : la poésie a ici pour fonction de travailler à la mise au monde d’un sens toujours inachevable mais dont le « rougeoiement » solaire « furtif » peut illuminer la vie.

Le premier mouvement, « Trouver manque », fondé sur la coïncidence paradoxale de « trouver » et de « manquer », est le creuset d’une transmutation difficile. Il faut la prise de conscience décisive condensée par le maître mot « Falloir », titre du deuxième mouvement, pour que s’accomplisse la transgression dans le troisième mouvement, « Le troisième jour », à dimension épiphanique. Que l’expression « trouver manque » soit empruntée à la mère du poète, comme le révèle une intense postface, dit assez ce que ce livre doit à l’exploration de l’archaïque, à la plongée dans la mémoire et au travail de l’anamnèse qui sont les soubassements de l’exigence de l’œuvre.

Le livre prend d’abord acte du « manque » (« Des perles manquent au chapelet de la parole ») et de la négativité, qui corrodent les valeurs les plus essentielles : « la beauté » (« la beauté ce matin est un trou sur le vide »)  ; « la pureté » (« la pureté pourtant a les dents noires ») ; « l’idéal » (« l’idéal a les dents qui pourrissent »). Une « dureté » douloureuse est inhérente à la vie (« c’est toujours l’heure d’une dureté précoce »).

Le livre est sans cesse le réceptacle d’une double violence : violence faite au corps (« te voilà écorché » ; « Dis-moi, aimes-tu encore ton corps qui se délabre ? ») ; violence faite au monde qui prend la forme d’une coupure (« L’espace avait les mains coupées /[...]/ Les plaies restaient sans pain »). La conscience poétique assume la solitude (« Le jour est seul ») et la peur (« Pourquoi l’effroi va-t-il au bois ? »).

Le contrepoint entre le motif de « l’épine » et de « l’écharde » (p. 12) sous-tend le premier mouvement du livre. Mais au plus profond de ce « manque » initial travaillent des forces que reconnaissent les lecteurs de La Splendeur et l’Écharde (2012), livre dans lequel Gabrielle Althen bâtit un art poétique, par lequel elle prend en charge non seulement le négatif (« l’écharde ») constitutif de l’existence humaine mais aussi la « promesse » de la « splendeur » dont René Char, son père spirituel, lui a confié le legs.

Encore est-il nécessaire qu’ait lieu au préalable la prise de conscience majeure d’un « falloir », verbe qui donne son titre à la deuxième partie et à un poème : « — Mais qu’il y faille / Qu ’il y faille mériter le désir ». Autour de ce centre de gravité (mis en relief par l’italique) se rassemblent les forces qui vont travailler à l’avènement de la « lumière » : le questionnement (« C’est maintenant le vent qui interroge / II a le poing levé ») ; la prière (« J’ai prié / Pour que chaque jour la parole m’éveille ») ; la « musique » dans le beau poème « Koechel 467 » ; la « patience » parfois inquiète ; et enfin le « mot », invoqué dès le poème initial (« Le mot arrive / Puis il nous dévisage ») et jusqu’à la fin du livre. Grâce à ces forces conjointes, la conscience poétique demeure « droite et noire », « brindille debout ».

Pour parvenir au « troisième jour », il faut passer par le labeur mis en acte par les parties précédentes. Le titre « Le troisième jour » (aux connotations bibliques) met en relief le rôle actif de « l’attente » et de la « répétition ». Au « troisième jour » advient le « miracle », grâce auquel l’écriture, qui jusque là avait si souvent été inséparable du « cri », peut trouver la voie vers le souffle. […]

C’est le motif de la « danse » (des corps et des mots) qui incarne le mieux l’épiphanie (chamelle et verbale) du « troisième jour ». Déjà invoquée au début du livre sous le signe d’une citation d’Une saison en enfer de Rimbaud (« Le ciel retirera de ses épines / Danse ! Danse ! Danse ! Danse ! »), la danse s’accomplit le « troisième jour » jusqu’à coïncider avec l’espérance de la « joie ». Mais le « troisième jour » n’est jamais acquis : il relève toujours de la « surprise » et ne se donne que sur le mode précaire et provisoire de « l’entrebâillement ». […]

Dans le dernier poème du livre, composé d’un seul alexandrin aimanté par l’italique, les trois motifs centraux du « soleil », de la « nudité » et de la « danse », révélant par là même la profonde unité de la quête, se rassemblent, mais pas au présent—au futur : « Et le soleil plus nu se mettra à danser... »

[La lecture de Michèle Finck dont nous reproduisons ici des extraits a été publiée dans la revue Europe, n° 1044, avril 2016].