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Barbe Jeanne Avrillot, dite
Madame ACARIE

(1566 - 1618)


Barbe Avrillot, naît en 1566, à Paris, dans une famille d’ancienne noblesse.
Élevée par les clarisses, elle se sent appelée à la vie religieuse, mais ses parents s’y s’opposent et la marient à 16 ans à Pierre Acarie, farouche ligueur qui sera exilé par Henri IV en 1594. Six enfants naissent de ce mariage.
En 1590 elle éprouve de premières manifestations mystiques. Durant le siège que Henri IV fait subir à la capitale, de mai à septembre 1590, elle se dévoue sans compter aux soins des blessés et des malades de la peste.
En 1599, elle obtient du roi la grâce de son mari. Aux épreuves et aux humiliations endurées pour rétablir la situation de son époux, dont tous les biens ont été confisqués, s’ajoutèrent de très pénibles épreuves physiques qui la laissent infirme.
L’Hôtel Acarie devient néanmoins le centre du réveil de la spiritualité catholique. À la demande de Thérèse d’Avila, dont elle a par deux fois la vision (1601-1602), Madame Acarie, avec l’aide de son cousin Bérulle, introduit le Carmel réformé en France. Le premier Carmel français est créé faubourg Saint Jacques en 1604.
Devenue veuve, elle entre comme converse au carmel d’Amiens, sous le nom de Marie de l’Incarnation.
Elle meurt en 1618 au carmel de Pontoise. Elle a été béatifiée en 1791.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Écrits spirituels

REVUE DE PRESSE

Madame Acarie
Esprit et Vie (15/05/2005), par Cécile Rastoin, ocd

 2004 fut l’année du quatrième centenaire de l’introduction du Carmel réformé de sainte Thérèse en France. Il est heureux de faire mémoire de celle qui y contribua si grandement : Madame Acarie, la future bienheureuse Marie de l’Incarnation. Le « cercle de Madame Acarie » à Paris fut un foyer du renouveau spirituel de la France au lendemain des guerres de religion. Pierre de Bérulle, le jésuite Coton, confesseur d’Henri IV, Michel de Marillac, François de Sales et tant d’autres le fréquentèrent et y parlèrent mystique et réforme.
 Il est d’autant plus saisissant de voir Madame Acarie devenue carmélite, sœur du voile blanc, ne rechercher que le silence et les travaux les plus humbles en un monastère loin de la Cour et loin des grands de l’Église. Elle se refusa pareillement à écrire, prétextant de son indignité et que tout avait été si bien dit déjà qu’il ne restait plus qu’à le vivre.
 Seul un petit opuscule d’Exercices, une quinzaine de lettres de l’épistolière prolixe et quelques prières nous sont parvenus et sont ici, pour la première fois, rassemblés en un seul ouvrage. Le style dénote une influence forte de la « tradition dionysienne et de la spiritualité rhéno-flamande » (Introduction, p. 14) en même temps que de l’esprit du Carmel. Cela nous donne la mesure de l’inculturation du Carmel en France.
 La figure de la Belle Acarie, pétrie de désir de Dieu et d’humble bon sens, a conservé son charme encore aujourd’hui, elle qui écrivait « Ayez bon courage et donnez-le aussi aux autres. Oubliez-vous et perdez-vous en Dieu. » (p. 92.)

Madame Acarie
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (06/01/2005), par J.-P. Jossua

 Marie de l’Incarnation (la carmélite, non l’ursuline), Madame Acarie a joué un rôle très important dan, Ia venue en France du carmel thérésien : Bremond l’a dûment célébrée Les éditions Arfuyen nous proposent un petit ensemble d’écrits – les seuls dont nous disposions –, précédé d’une Présentation du contexte historique et des textes due à Bernard Sesé . Ce sont Les Vrais Exercices, publiés en 1622, quinze lettres et six courts texte tirés de vies de Marie de L’Incarnation.
 Les Exercices consistent en une série de petits chapitres d’élévations (sit venia verbo) adressées à Dieu, à Jésus, aux saints, de belle venue, sans rien de très original ni de très spécifiquement carmélitain. Parmi les Lettres, les trois premières sont relatives au voyage en Espagne des personnes chargées de ramener des carmélites en vue de la fondation. Madame Acarie, qui manitesta dès 1586 des états mystiques exceptionnels, recommande à ceux qui doivent choisir les soeurs de les prendre ayant de « vraies et solides vertus » plutôt qu’exultant « en quelque grâce et faveur de Dieu fort extraordinaire », et surtout manifestant une charité rayonnante : « Des cœurs cordiaux et pleins d’amour, des âmes grandement compatissantes aux besoins de leur prochain ».
 
Les douze autres lettres furent écrites au carmel d’Amiens où elle entra en 1613, une fois veuve. Celle qui est adressé à la marquise de Maignelay, pour lui suggérer de rester dans le monde plutôt que de se taire capucine, est superbe théologiquement et littérairement. Les Écrits courts sont pleins d’aveux de pauvreté, d’appels ardents, de cris d’amour.
 

PETITE ANTHOLOGIE

Écrits spirituels
(extraits)

Lettre à Monsieur de Bérulle

 Que vous dirais-je sinon que mes innombrables ingratitudes m’ont si souvent éloignée de cette divine et actuelle Présence que souvent, sans m’en apercevoir, je me trouve toute prise d’une aliénation qui me fait parfois précipiter à la suite de mes sens, qui me fait voir mes fautes quand elles sont faites et ne les prévenant comme je devrais pour ne pas m’y laisser tomber.
 J’y commets plusieurs autres excès, comme légèretés, inconstance, inutilités, perte de temps, la nature s’amusant de bagatelles et laisse les choses principales contre même les bonnes résolutions que l’âme aurait prises auparavant.
 Je m’y trouve si faible que c’est pitié de ma misère, ne pouvant parfois surmonter le moindre empêchement et tout le mal, mon Dieu, m’arrive pour n’avoir su faire bon usage de vos grâces !..
 Distractions et divertissements m’éloignent souvent de cette divine présence et familiarité avec Vous, mon Seigneur, et ce par mes innombrables ingratitudes.
 Je me trouve d’autres fois si abrutie et si sujette à ce corps que l’esprit en est offusqué et moins libre pour s’élever à Dieu.
 Mais c’est bien pire quand je rentre plus avant dans mon intérieur, où je ne vois ni actions ou œuvres où je me sois entremise, quoique par obéissance, que je n’aie beaucoup manqué à Dieu et ne m’y sois recherchée, encore que mon intention n’ait été telle.
 Ô mon Dieu, je vous confesse que tous les jours je découvre en moi de nouveaux engagements que je ne voyais pas auparavant.
 Pour l’oraison je la fais souvent avec si grande nonchalance que c’est pitié. Mon indévotion m’en fait quelquefois retirer sous prétexte de révérence ou charité. D’autres fois, j’y suis inutile et perdant le temps, et cela m’arrive quand l’âme n’est pas vide.
 En quoi je reconnais le peu d’amour que je porte à Dieu. Ô Bonté infinie, si je vous étais fidèle et que je vous servis avec plus d’amour, je ne serais pas ainsi. D’autant que je crois, mon Dieu, que la fin principale de l’oraison est de se conformer entièrement à votre divine volonté, non pas pour y recevoir des consolations ni goût ni sentiment ou pour satisfaire notre esprit, mais parce qu’Il le demande de nous et pour y pratiquer la vertu.
 Comme au temps des sécheresses, y souffrir la fatigue du corps et de l’esprit, s’humilier alors de ce que peut produire la nature, comme distractions, inutilités, pensées déréglées et hors de saisons, ainsi faire bon usage de toutes les autres dispositions de l’âme.
 Hélas, est-il possible mon Dieu que je croie ces vérités et que je les mette si mal en pratique ? Je sens un reproche en mon intérieur presque continuel et une langueur de vivre séparée de cette actuelle et divine Présence et de là vient tout mon mal.
 C’est pourquoi je vous supplie au nom de Dieu et par les entrailles de son infinie Miséricorde d’obtenir de Lui que je ne me sépare jamais plus de sa divine Présence et je le prierais pour vous.
 Excusez-moi, puisque j’écris pour obéir et brûlez s’il vous plaît ce brouillon.